Rossellini

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  • Publié le : 3 novembre 2011
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Rossellini nous raconte en 1947-1948, dans la ville de Berlin encore marquée par les bombardements, l'histoire du petit Edmund, qui se trouve à une double intersection : celle de l’enfance et de l’adolescence ainsi que celle de la guerre et sa reconstruction. Ainsi, tout au long du film, ce petit homme âgé de douze ans, essaie de faire vivre sa famille à l'aide de petits trafics. Un jour, aucours d'une promenade, Edmund retrouve un de ses anciens professeurs, ex-nazi et probablement homosexuel sinon pédophile. Celui-ci lui rappelle les principes d'Hitler sur l'élimination des faibles et des inutiles : « il faut que les faibles laissent la place pour que vivent les forts ».

Le père ayant dû être hospitalisé et répétant constamment qu'il vaudrait mieux pour tous qu'il soit mort, Edmundl’empoisonne en pensant accomplir un acte héroïque. Le professeur, mis au courant, ne veut pas endosser la responsabilité de ce qu'il considère à présent comme un assassinat, un parricide. La séquence que nous avons choisi d’étudier est assez longue et se situe après cet abandon du professeur qui avait été jusque là l’un des rares personnages à valoriser l’enfant. La fin du film nous montre Edmunddéambulant dans les rues de Berlin sans but et finissant sa marche en se jetant du haut de l’immeuble éventré, situé en face de chez lui.

Conformément à la pensée rossellinienne, ce film peut-être vu comme la quintessence du néoréalisme puisque selon le cinéaste : "Le néoréalisme consiste à suive un être, avec amour, dans toutes ses découvertes, toutes ses impressions. Il est un être toutpetit au-dessous de quelque chose qui le frappera effroyablement au moment précis où il se trouve librement dans le monde, sans s'attendre à quoi que ce soit. Ce qui importe avant tout pour moi, c'est cette attente ; c'est elle qu'il faut développer, la chute devant rester intacte » (D'après Cahiers du Cinéma ; Août-Septembre 1955). Toute fois, cette chute possède une valeur très importante dans cefilm, justement car tout ce qui précède en avait été l’attente. Nous allons montrer comment la marche vers la mort d’un enfant est représentée par un auteur qui aborde des thèmes et des enjeux propres à l’école artistique du néoréalisme, sans en ombrager sa vision singulière du monde qui fait là toute l’homogénéité de son oeuvre.
Partie 1 : La solitude et l’isolement d’Édmund

Section 1 : Seul ouentouré, mais isolé de la communauté

Tout d’abord, cette séquence nous dévoile la solitude d’un enfant qui voudrait être un adulte dans un univers incompréhensible et égoïste. Il semble qu’il n’a plus sa place dans ce monde. Les gens l’abandonnent comme s’ils sentaient instinctivement qu’il venait de tuer son père. L’acte qui pour lui n’était rien d’autre que le désir de tous, et surtout deson père, (trop faible pour le faire lui-même) semble l’avoir écarté de toute la ville. Rossellini traduit tout d’abord ce sentiment d’isolement à l’écran en cadrant uniquement le personnage. En effet, au début de l’extrait, l’auteur suit avec soin et insistance chaque pas d’Édmund en plan rapproché.

Les travellings sont plutôt longs, mais l’auteur ne réalise pas de plan séquence. En effet, lecinéaste s’y prend à deux reprises pour montrer un cheminement dans un espace pourtant simple. L’auteur se heurte peut-être ici aux méandres intérieurs d’un enfant rongé par la culpabilité. Ainsi, Édmund traverserait un espace en ruine qui pourrait être assimilé au cheminement mélancolique de ses pensées. Rossellini ne parvient donc pas à suivre l’enfant car la caméra se heurte au réel. Le cinéasteinsiste donc en revenant deux fois sur le travelling d’accompagnement qui s’arrête pour regarder partir l’enfant sur le chemin blanc de la mort. Les deux plans d’ensemble où la caméra regarde s’éloigner Édmund montre l’enfant comme une ombre, un petit point noir perdu dans les hauteurs des ruines blanches. Il semble alors qu’un piège se referme sur lui, l’isolant dans des paysages immenses,...
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