Rousseau : confessions

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  • Publié le : 16 avril 2010
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a notion de "pacte autobiographique" a été popularisée par Philippe Lejeune. L'expression désigne l'enjeu de toute écriture de soi : la fusion, dans cette entreprise rétrospective, de l'auteur et du narrateur engagerait celui qui s'y livre à la plus objective sincérité.
On ne sera pas sans remarquer combien tous ces termes jurent : comment raconter l'être que je fus sans le faire avec leregard de l'être que je suis ? comment observer une sincérité absolue quand, en moi, s'obstine à agir l'autre qui lira et qui, d'une manière ou d'une autre, constitue mon écriture, pénitente ou provocante ?
Notre propos est d'observer ces pièges de l'autobiographie à travers les quatre premiers livres des Confessions de Jean-Jacques Rousseau. Nous ne voulons pas ajouter une notice bieninutile aux nombreuses pages que des sites pédagogiques ont consacrées à cette œuvre au moment où elle fut au programme du bac. Nous souhaitons plutôt nous inscrire, à travers Rousseau, dans l'étude du genre autobiographique, que les instructions officielles prescrivent pour les sections littéraires, en souhaitant que les pistes que nous suggérons soient fructueuses pour d'autres œuvres et d'autressections.




GENRE, ENJEUX, PROPOS



L'autobiographie évoque les aléas d'une existence privée, dont elle fait la somme pour en dégager un portrait de soi. On comprend donc que le texte autobiographique se partage sans cesse entre récit et discours :

L'autobiographie : un "récit de vie" un autoportrait
Intention de l'auteur : se raconter s'analyserTemps verbaux : temps du récit temps du discours
Organisation : rigoureuse (chronologie) par thèmes
Signification du "je" : le personnage d'autrefois l'auteur-narrateur
Perspective dominante : le monde, les événements le moi
Registres dominants : épique, pathétique, comique lyrique, didactique, ironique

Cette oscillation constante du texteautobiographique entre le récit et son commentaire ne manque de poser quelques problèmes quant à l'authenticité de son intention. Pourquoi raconte-t-on sa vie ?

pour se justifier des fautes qu'on a commises ou qu'on estime nous avoir été imputées à tort ?
pour voir plus clair en soi, organiser le chaos de sa vie intérieure ?
laisser un témoignage, viser une certaine exemplarité ?
sauver lepassé de l'éphémère et s'opposer à la mort ?
céder au plaisir de raconter et de revivre des moments heureux ?

Pour tout cela sans doute. Mais la moindre de ces intentions vient donner à l'entreprise autobiographique une finalité qui menace d'en gâter la sincérité. Peu d'entre nous en effet échappent à l'éparpillement de l'existence, comme à la volonté de lui donner du sens. Du"misérable tas de secrets" qui constitue notre moi, chacun voudrait pouvoir, par l'alchimie de l'écriture, tisser une trame cohérente au bout de laquelle un être surgirait, qui serait soi, unique et irremplaçable. Car qui pourrait s'exclamer, comme Napoléon : "Quel roman que ma vie !" ? Écrire sur soi équivaut donc toujours à un tri, une organisation, un choix, même lorsque la perspective qu'on emprunten'est pas celle de l'hagiographie.
Pour ce qui concerne Rousseau, les écueils que rencontre son pacte de sincérité, orgueilleusement présenté dès le préambule, sont particulièrement manifestes. On pourrait simplement souligner combien est éloquent le fait que, se référant à l'œuvre de Saint Augustin, Rousseau ait choisi le titre de Confessions : nous prépare-t-on aux aveux d'un pénitent, enquête d'absolution divine ? Et si tel est le cas, n'est-il pas légitime que nous, lecteurs, si solennellement défiés dans ce préambule, allions examiner de plus près l'authenticité de l'entreprise ?

Tel est notre propos : prenons au mot l'orateur du préambule des Confessions, et voyons quels obstacles a rencontrés sa volonté, sans doute sincère, de ne rien taire et de nous offrir le...
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