Rousseau et la democratie

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  • Publié le : 1 janvier 2010
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Rousseau et la démocratie

S’il y avait un peuple de Dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes » Rousseau Du contrat social III, chapitre 4, De la démocratie

La démocratie (dèmokratia, en grec) est le pouvoir du peuple (dèmos, le peuple et kratos, le pouvoir). Par oppositon à l’arkhè, qui renvoie plutôt au commandement(monarkhia, pouvoir personnel détenu par une ancienneté avérée), le kratos désigne la souveraineté. Par opposition à la turannis-monarkhia, caractérisée par le pouvoir personnel, la démocratie, pouvoir du peuple, repose sur les deux concepts d’eunomia (ordre juste) et isonomia (ordre égal). Solon, Clisthène, puis Périclès ont mis en place les institutions de la démocratie (à Athènes au 7-6 ièmesiècle avant J.C.), autrement dit le pouvoir du peuple conçu comme une entité politique et juridique structurée. Les deux idées de « partage de l’égalité citoyenne » et de « souveraineté du corps public » sont donc consubstantielles de la démocratie, et originelles. Elles restent pleinement pertinentes lorsque Rousseau, qui n’ignore rien évidemment de la genèse des institutions démocratiquesathéniennes, écrit Du Contrat social. Une lecture rapide de ce texte datant de 1762 pourrait laisser imaginer que la défense de la démocratie définit le projet de Rousseau. Par le « contrat social » tel que le conçoit Rousseau, en effet, des hommes s’associent pour mettre en place des institutions et des lois qui permettent au peuple – « constitué » à partir de cette décision- de se gouvernerlui-même, d’être désormais pour lui-même son propre maître. On est donc très étonné de lire cette citation, (« S’il y avait un peuple de Dieux etc.. »), en tout cas dans la mesure où elle est séparée de son contexte. Car cette formule est la conclusion du chapitre De la démocratie (Livre III, chapitre 4 Du contrat social) dans lequel Rousseau explique quelles réserves l’on peut formuler à l’égard dece type de gouvernement.

I Elucidation de la formule
1) Caractère ironique
« Un peuple de Dieux » : autrement dit des êtres intelligents, rationnels, susceptibles de s’accorder sur ce qui constitue leur intérêt commun, et de concevoir des lois conformes à leur « volonté générale » : des lois justes susceptibles d’être approuvées par tous. Mais des créatures de cet ordre, dénuées depassions, ou en tout cas de mauvaises passions (passions tristes ou destructrices de tout lien social, telles que la cupidité, la peur, la haine, la jalousie, l’envie, la rancune, le ressentiment…) n’auraient pas besoin d’être « gouvernées » (de gubernare, diriger un navire). Elles pourraient simplement se contenter de s’autogérer, prendre des décisions en commun concernant leur vie publique, maissans avoir à établir des interdits, des sanctions, sans avoir à limiter la liberté de chacun par le droit. On pense par exemple à la société du jardin d’Epicure, conçue sur le modèle de la société des Dieux…
2) Les hommes ont besoin d’être gouvernés.
Le b-a-ba de la politique, c’est qu’il est nécessaire de concevoir des dispositifs pour les hommes tels qu’il sont et non tels qu’ils devraient être« Beaucoup se sont imaginés des républiques et des principautés que jamais on n’a véritablement ni vues ni connues, mais il y a un tel écart entre la façon dont on vit et celle dont on devrait vivre, que celui qui délaisse ce qui se fait pour ce qui se devrait faire apprend plutôt à se perdre qu’à se sauver » Machiavel, Le Prince, Chapitre 15). Or les hommes étant doués de passions doivent êtregouvernés. Ils ont besoin que quelqu’un leur impose d’obéir à la loi qui vaut pour tous. Car sinon, même si tout le monde veut la loi, mais chacun fera exception pour lui-même s’il n’est pas puni en cas de transgression. L’homme « est un animal qui a besoin d’un maître », car aucune personne n’est à l’abri d’une corruption de sa volonté : « chacune abusera toujours de sa liberté si elle n’a...
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