Rousseau

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  • Publié le : 4 décembre 2010
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Dépendre
La dynamiles Ah! non, mes lunettes pour lire
Les hommes frivoles qui "sont prêts à tirer sur tout ce qui bouge"
N’ importe où à condition que ça soit chaleureux
Depart

Me réveiller aux côtés de l'être chère, lui prodiguer beaucoup de tendresses. Décider de visiter ensemble un lieu agréable, déjeuner sur une terrasse ombragée et illuminée de soleil. Se reposer en début d'aprèsmidi, lui laisser faire un peu de shopping et diner dans un endroit romantique.
Vers le milieu du XVIII e siècle paraissent tout un ensemble de textes qui ont en commun de poser les bases de la psychologie moderne en mettant en scène une expérience de pensée. Malgré leurs divergences théoriques, et à l'occasion d'écrits d'importance inégale, Buffon, Condillac, Bonnet et Rousseau se retrouvent tousautour d'un même modèle discursif : chez chacun d'eux, on crée de toutes pièces un sujet parfaitement fictif dont on observe pourtant le comportement comme si l'on pouvait en tirer une preuve expérimentale démontrant la validité des théories proposées. Dans chaque cas, l'investigation psychologique positiviste vient buter sur une même impossibilité : celle de trouver un homme pur, un sujetvierge, dans lequel on puisse observer le fonctionnement de l'esprit humain sans interférence socio-historique. Et comme parade à cette impossibilité, dans chaque cas, un questionnement qui se veut scientifique trouve à rebondir sur la fiction d'un nouvel Adam s'éveillant sous nos yeux au miracle de la conscience.
Le plus bref, et chronologiquement le premier, de ces textes illustre bien leur mode defonctionnement commun. Parti à la recherche de «nos premières connaissances», Buffon cherche moins à retrouver «la première trace de nos pensées» qu'à imaginer ce qu'aurait à nous dire un être fraîchement et miraculeusement éclos à l'intelligence de soi. «J'imagine donc un homme tel qu'on peut croire qu'était le premier homme au moment de la création, c'est-à-dire un homme dont le corps et lesorganes seraient parfaitement formés, mais qui s'éveillerait tout neuf pour lui-même et pour tout ce qui l'environne (.) Si cet homme voulait nous faire l'histoire de ses premières pensées, qu'aurait-il à nous dire ? Quelle serait cette histoire ?» En résulte ce que Buffon appelle avec bonheur un «récit philosophique» qui nous permet d'observer l'inobservable et d'en tirer une connaissance approfondiede la réalité humaine.
C'est autour d'un récit philosophique analogue, on le sait, que Condillac construit son Traité des sensations : «nous imaginâmes une statue organisée intérieurement comme nous, et animée d'un esprit privé de toute espèce d'idées. Nous supposâmes encore que l'extérieur tout de marbre ne lui permettoit l'usage d'aucun de ses sens, et nous nous réservâmes la liberté de lesouvrir à notre choix, aux différentes impressions dont ils sont susceptibles.» Et c'est dans le sillage direct de Condillac que Charles Bonnet inscrit son Essai analytique sur les facultés de l'âme : «Recourons donc à une fiction : elle ne sera pas la Nature ; mais elle aura son fondement dans la Nature (.) Imaginons un homme dont tous les sens sont en bon état, mais qui n'a point encore commencé àen faire usage. Supposons que nous avons le pouvoir de tenir les sens de cet Homme enchaînés, ou de les mettre en liberté dans l'ordre, dans le temps et de la manière qu'il nous plaira.»
En situant aussi explicitement leur dispositif «expérimental» dans le domaine de l'imaginaire, ces textes ne mettent quelques cartes sur table que pour mieux cacher le reste de leur jeu. Coexiste en effet aveccette honnêteté initiale une ambition sous-jacente beaucoup plus problématique. La modestie du détour par une fable s'inscrit sur le fond d'une ambition plus sérieuse se proposant de décrire la vérité de l'esprit humain. L'objet du discours consiste moins à nous raconter des histoires qu'à manifester la réalité de nos âmes. D'où une tendance constante de tous ces écrits à présenter la fiction...
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