Rousseau

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Jean-Jacques Rousseau

LES RÊVERIES DU
PROMENEUR SOLITAIRE

(1817)

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Table des matières

Préface 3

PREMIÈRE PROMENADE 4

SECONDE PROMENADE 12

TROISIÈME PROMENADE 22

QUATRIÈME PROMENADE 36

CINQUIÈME PROMENADE 53

SIXIÈME PROMENADE 63

SEPTIÈME PROMENADE 73HUITIÈME PROMENADE 88

NEUVIÈME PROMENADE 100

DIXIÈME PROMENADE 113

Jean-Jacques Rousseau sur Internet 115

À propos de cette édition électronique 116

Préface

Rousseau rédige Les RÊVERIES DU PROMENEUR SOLITAIRE au cours de son dernier séjour parisien, entre l'automne 1776 et le mois d'avril 1778. Elles connaissent leur première édition en 1782.

Le statut de ce textepose de réelles difficultés : en apparence, les Rêveries achèvent le cycle des récits autobiographiques ; mais elles décrivent aussi l'abandon des ressources de ce genre. Quelle est en effet l'occasion des RÊVERIES DU PROMENEUR SOLITAIRE ? « Mon imagination déjà moins vive ne s'enflamme plus comme autrefois à la contemplation de l'objet qui l'anime, je m'enivre moins du délire de la rêverie ; il ya plus de réminiscence que de création dans ce qu'elle produit  ».

Or le rôle de la réminiscence n'est pas du tout de restituer dans leur vérité les épisodes d'un passé dont Rousseau semble désormais prendre congé. Elle doit bien plutôt autoriser une expansion qui prend l'allure d'une intensification existentielle strictement actuelle : « A l'attrait d'une rêverie abstraite et monotone jejoins des images charmantes qui la vivifient. Leurs objets échappaient souvent à mes sens dans mes extases, et maintenant plus ma rêverie est profonde plus elle me les peint vivement. Je suis souvent plus au milieu d'eux que quand j'y étais réellement ». La réminiscence qui nourrit les REVERIES DU PROMENEUR SOLITAIRE sert l'approfondissement du présent, et non l'exercice d'une consciencemalheureuse épuisée par les remords, qui cherchait à se justifier dans les textes autobiographiques.

Par Claude Richardet
Texte extrait de son excellent site Internet

PREMIÈRE PROMENADE

Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même. Le plus sociable et le plus aimant des humains en a été proscrit par un accord unanime. Ils ontcherché dans les raffinements de leur haine quel tourment pouvait être le plus cruel à mon âme sensible, et ils ont brisé violemment tous les liens qui m’attachaient à eux. J’aurais aimé les hommes en dépit d’eux-mêmes. Ils n’ont pu qu’en cessant de l’être se dérober à mon affection. Les voilà donc étrangers, inconnus, nuls enfin pour moi puisqu’ils l’ont voulu. Mais moi, détaché d’eux et de tout, quesuis-je moi-même ? Voilà ce qui me reste à chercher. Malheureusement cette recherche doit être précédée d’un coup d’œil sur ma position. C’est une idée par laquelle il faut nécessairement que je passe pour arriver d’eux à moi.

Depuis quinze ans et plus que je suis dans cette étrange position, elle me paraît encore un rêve. Je m’imagine toujours qu’une indigestion me tourmente, que je dorsd’un mauvais sommeil, et que je vais me réveiller bien soulagé de ma peine en me retrouvant avec mes amis. Oui, sans doute, il faut que j’aie fait sans que je m’en aperçusse un saut de la veille au sommeil, ou plutôt de la vie à la mort. Tiré je ne sais comment de l’ordre des choses, je me suis vu précipité dans un chaos incompréhensible où je n’aperçois rien du tout ; et plus je pense à masituation présente et moins je puis comprendre où je suis.

Eh ! comment aurais-je pu prévoir le destin qui m’attendait ? Comment le puis-je concevoir encore aujourd’hui que j’y suis livré ? Pouvais-je dans mon bon sens supposer qu’un jour, moi le même homme que j’étais, le même que je suis encore, je passerais, je serais tenu sans le moindre doute pour un monstre, un empoisonneur, un assassin,...
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