Rugby

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  • Publié le : 5 mai 2011
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Le spectacle était épou­vantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l’air de s’amuser beaucoup. C’était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondaità chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l’ajustant. Il se couchait, puis se redressait,s’effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, dispa­raissait, repa­raissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches,vidait les gibernes [1] et remplissait son panier. Les insurgés, haletant d’anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n’était pas un enfant, cen’était pas un homme ; c’était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invul­nérable de la mêlée. Les balles couraient après lui, il était plus leste qu’elles. Il jouait on ne sait queleffrayant jeu de cache-cache avec la mort ; chaque fois que la face camarde [2] du spectre s’approchait, le gamin lui donnait une piche­nette [3].

[§2]

Une balle pourtant, mieuxajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l’enfant feu follet [4]. On vit Gavroche chanceler, puis il s’affaissa. Toute la barricade poussa un cri ; mais il y avait del’Antée [5] dans ce pygmée ; pour le gamin toucher le pavé, c’est comme pour le géant toucher la terre ; Gavroche n’était tombé que pour se redresser ; il resta assis sur son séant, un longfilet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l’air, regarda du côté où était venu le coup, et se mit à chanter :

[§3]

Je suis tombé par terre,

C’est la faute àVoltaire,

Le nez dans le ruisseau,

C’est la faute à…

[§4]

Il n’acheva point. Une seconde balle du même tireur l’arrêta court. Cette fois il s’abattit la face contre
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