Samuel becket

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  • Publié le : 3 mars 2010
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En attendant Godot.

Après avoir noté que , « compulsif à l'extrême, le personnage beckettien est le siège de toutes sortes de va-et-vient », Jean-Pierre Sarrazac écrit : « Plus encore que le corps du personnage, le va-et-vient concerne en effet le langage, la parole tels qu'entre deux ou plusieurs pôles ils ne cessent de circuler et, pour tout dire, de tourner en rond. (…)

L'écrivainirlando-français n'en a jamais fini d'explorer les circuits d'une communication dont le dialogue serait devenu l'astre mort et ne subsisteraient plus que les satellites : soliloque, monologue, aparté et autres manifestations solitaires du langage. Comme l'a
écrit Ludovic Janvier, nous n'avons jamais affaire chez Beckett, écrivain rompu aux ambivalences de la condition de l'homme moderne, qu'à un «monologue habité » ou à un « dialogue déserté ». En d'autres termes, au plus extraverti et au plus peuplé des soliloques ».

Dans quelle mesure ces propos éclairent-ils votre lecture des deux pièces de Beckett mises au programme ?

Introduction

- L'oeuvre théâtrale qui a fait connaître Beckett commence là où s'arrêtait la dernière page de L'Innommable, dans l'ultime confrontation qui restaitau personnage : celle de l'homme et des mots. Question du langage pas close.

- C'est sur elle que Sarrazac revient, en évoquant d'abord le mode « compulsif » de paroles qui « tournent en rond », satellites errants d'un astre mort (le dialogue). Circulation dans laquelle il voit l'acharnement de Beckett à explorer les circuits de la communication défaillante (la fameuse "incommunicabilité"),mise ici en relation avec la condition de l'homme moderne, c'est-à-dire, probablement, avec le paradoxe d'une solitude – le soliloque – que ne fait que renforcer la boulimie du "tout-communiquer" – l'extraverti. Pour préciser son jugement, il se réfère à des expressions de L. Janvier, qui décline le même (?) paradoxe à travers le paradigme du « monologue habité » et du « dialogue déserté ».

- Onse proposera d'interroger le statut du dialogue dans les deux pièces, envisagé successivement dans sa logique interne et dans son enjeu. Ce qui conduira à s'attarder ensuite sur l'expression de « monologue habité » et sur les statuts de la parole qu'il recouvre. Puis nous tenterons de montrer comment cette réflexion (« exploration ») continue de Beckett sur le langage devient le point focal àpartir duquel peut s'élaborer une nouvelle esthétique dramatique.

I. La déconstruction du dialogue

A. Caractère paradoxal du jugement de Sarrazac, car forte présence apparente du dialogue : – évidente dans G (seules exceptions : "prestation" de Pozzo, p. 48-49 - monologue de Lucky, p. 55-58 - monologue (103) et aparté (11-119) de Vladimir)
– plus diversifiée dans BJ :
- où l'acte I offrecependant 6 passages marqués explicitement comme dialogue entre Winnie et Willie
(pp. 21-22, 29, 32-33, 36-37, 41, 55-56 – soit 10 pages sur 46) (une seule dans l'acte II, p. 76),
- où les mouvements de Willie sont en phase avec les propos de Winnie : soit que le spectateur les perçoive (épisode du journal et de la carte, p. 23-25 - épisode final, p. 73-76), soit que, du fait de la position de Williederrière le mamelon, il les suppose (pp. 18, 20, 31, 44, 49, 54) ou les entende (p. 47).

=> Aussi bien ne s'agit-il pas d'absence de dialogue (un "astre mort" existe toujours, mais n'a plus d'activité), mais souvent de propos alternés qui n'embrayent pas sur un échange conversationnel.

B. Cette "désactivation" du dialogue tient fréquemment à l'indifférence affichée à la réplique de l'autre(cf. G, 14 : Estragon : "Je n'écoute pas" – et la réaction de Vladimir : "Voyons, Gogo, il faut me renvoyer la balle de temps en temps".)

Dissertation sur Beckett p. 2/6

- cf. G, p. 69 : les répliques d'Estragon (« Alors il n'y a qu'à attendre ici / Dommage qu'on n'ait pas un bout de corde / Fais-moi penser d'apporter une corde demain… ») marquent la poursuite de sa pensée, indifférente...
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