Science et foi

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 8 (1834 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 9 juin 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
La raison s’oppose-t-elle systématiquement à la foi ?
La célèbre formule kantienne : “j’ai dû limiter le savoir pour faire place à la foi”, résume l’entreprise critique de limitation de la raison par la raison. La foi désigne communément le suprasensible, par opposition au champ de l’expérience de la raison. Ce rapport de la raison et de la foi devient davantage conflictuel lorsqu’une instancetransgresse les frontières. Ainsi nous nous demandons si la raison d’une manière ordonnée est-elle en contradiction avec la foi ? D’où ce questionnement : si la connaissance est objective diverge-telle méthodiquement de la foi, adhésion subjective, totale et fervente ? Si le doute est permis dans la raison et par la raison n’est-il pas radicalement en position d’affrontement avec la certitude dansla foi ? Sous certains rapports, raison et foi s’opposent-elles par principe comme le font le rationnel et l’irrationnel aussi l’irrationnel est-il forcément non rationnel ?

La raison est la faculté de connaître (Kant), de bien juger (Descartes), de discerner le vrai et le faux, le bien et le mal, de raisonner discursivement. A ce titre, elle est considérée comme le propre de l’homme. C’est lafaculté qui permet à l’homme d’atteindre naturellement certaines vérités. On appelle encore raison l’intelligence en tant qu’elle est capable de mener des raisonnements. La raison est alors présentée comme le domaine de la connaissance objective, de la connaissance explicable par des lois universelles alors que la foi religieuse, cultuelle ou mythique peut être subjective. Du point de vue deKant, la croyance comme valeur subjective du jugement s’appelle foi seulement au deuxième degré d’assentiment où elle est insuffisante objectivement mais suffisante subjectivement. Si elle était suffisante objectivement et subjectivement, la croyance ou la foi serait un savoir.
Aussi des distinctions peuvent être faites entre la raison et la foi. La raison qui tend vers le savoir est universelle, lafoi, comme le dit Thomas d’Aquin, « n’est pas le partage de tous ». Cela se justifie par le fait que la science prise comme raison procède de principes évidents par eux-mêmes, tandis que les articles de foi ne sont pas évidents, donc pas universels. En outre la foi n’est pas en soi un savoir, tandis que la raison, quant à elle, tend vers un savoir certain. En sus la foi est un assentimentpuissant, une croyance. Preuve en est la pensée théologique, qui possède au départ un savoir préalable, un Texte sacré, un Livre, une Révélation, une Institution, une Eglise, donc des autorités ou une autorité d’emblée reconnues comme valables. Tandis que la raison comme chez Descartes fait le vide intégral de tout ce qu’il sait, ou croit savoir, pour trouver une base certaine, à laquelle il ne croitpas, mais qu’il sait, qu’il connaît. Enfin, la raison a ses exigences propres, dont la validité ne reconnaît pas de limites. Elle ne saurait reconnaître aucune autorité extérieure à elle. La foi, quant à elle, se réfère à une Révélation, qui serait pour le croyant plus proche de la vérité que ce que la raison peut lui faire connaître. La raison, celle-ci étant non seulement un mode de penserpropre à l’homme, défini comme animal raisonnable, mais aussi la faculté de distinguer le vrai du faux. C’est donc la «lumière naturelle» naturellement présente en tout homme, par opposition à la foi. La foi, quant à elle est un acte de croyance logiquement opposé à la démarche universelle de la raison. Nous pouvons soutenir que la raison qui se veut objective s’oppose à la foi qui est de l’ordre dusurnaturel, subjective, un état de profonde conviction, une adhésion individuelle, et un assentiment personnel donc parfait. Quelle place occupe le doute et la certitude dans le rapport de la raison et de la foi ?

S’il est avéré que la foi jouit d’une autonomie subjective, nous comprenons pourquoi elle serait réfractaire à la critique. C’est le sentiment que l’on a en lisant Karl Jaspers qui...
tracking img