Secours mutuel

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  • Publié le : 16 mai 2010
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Le XIXe siècle est un grand siècle scientifique. C'est le siècle des inventions, de la science-fiction et aussi des sciences sociales. La société devient un objet majeur d'observation et ses observateurs sont soit des médecins spécialistes de l'hygiène publique (les hygiénistes) soit des non-médecins (des administrateurs, des sociologues et des experts divers, sans exclure les romanciers) ayantacquis le regard médical. Ils constatent que la société est malade et que cette pathologie est particulièrement grave dans le secteur du travail manuel que l'on juge composé de classes malsaines et dangereuses. C'est une réalité qui s'impose brutalement au début de la Monarchie de juillet avec dans l'espace de deux ans :
en 1831 avec la découverte d'un risque social jusque-là inconnu, la révolteouvrière (révolte des « canuts », ouvriers de la soie à Lyon)
en 1832 avec les ravages (particulièrement dans les quartiers ouvriers) d'une nouvelle « peste », le choléra (depuis la peste de Marseille, en 1720, la France se croyait à l'abri des grandes épidémies).
Apparaissant comme des facteurs d'insécurité et d'insalubrité, ces ouvriers ne sont pas nombreux dans la France de 1848 :
36millions d'habitants
14 millions d'actifs
5 à 6 millions dans l'artisanat et l'industrie
1 195 000 dans des entreprises de plus de 10 salariés ; soit :
770 000hommes
280 000 femmes
145 000 enfants
À noter que, selon certaines sources, la présence d'enfants aurait été souvent dissimulée et que le chiffre exact serait proche de 240 000.
Notons aussi que la pathologie du monde ouvrier estdécouverte comme étant particulièrement grave dans les nouvelles manufactures, mais qu'elle n'exclut pas le monde artisanal : les enquêtes sur les « classes dangereuses » se faisaient surtout à Paris et les canuts lyonnais travaillaient dans de petits ateliers et souvent à domicile.

Section I – Les conditions de travail

§ 1 – La journée de travail
Sous l'Ancien Régime la journée de travailallait du lever au coucher du soleil, sans travail de nuit, avec de nombreux jours fériés (fêtes diverses).
Désormais, la règle est la journée de 15 heures, sans jour férié (à distinguer, évidemment, des jours de chômage), avec travail de nuit.
Dans les grandes manufactures, le travail est devenu beaucoup plus soutenu, avec très souvent un salaire à la pièce.
§2 – Le lieu de travail
Quel'entreprise soit petite ou grande, le lieu de travail est un environnement déplorable : trop chaud ou trop froid, humidité et émanations malsaines.
Depuis le début du XVIIIe siècle, on connaît bien les maladies professionnelles, grâce au célèbre traité de Ramazzini Les maladies des artisans. Mais il est important de noter que sa réédition annotée par un certain Pâtissier dans les années 1820 dénonce unecertaine dramatisation de l'édition première et soutient qu'en général Ramazzini avait exagéré les dangers sanitaires du travail.
Pourtant, les maladies professionnelles sont beaucoup plus graves qu'au siècle précédent. Outre les maladies respiratoires des mineurs (entre autres la silicose), généralement niées par les médecins de l'entreprise (quand il y en avait), signalons une maladie mortellequi sévissait dans l'industrie de la céruse (une peinture blanche) : le saturnisme, un empoisonnement par le plomb contenu dans cette peinture. Les patrons ne pouvaient nier son existence, mais ils méprisaient leurs ouvriers (présentés comme d'anciens bagnards n'ayant pas le courage de se suicider – authentique!) à un point tel qu'ils n'appliquèrent les mesures protectrices préconisées par leshygiénistes que lorsqu'ils craignirent, dans les années 1840, de voir débaucher cette misérable main d'oeuvre par les fabricants d'une nouvelle peinture au zinc.
Aujourd'hui, la même céruse qui tuait les ouvriers empoisonne, en se détachant par plaque de murs non repeints depuis plus d'un siècle, les enfants logés dans certains taudis. On voit par là que la maladie professionnelle s'inscrit en...
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