Serge halimi les nouveaux chiens de garde

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  • Publié le : 18 décembre 2010
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Les médias français se proclament « contre-pouvoir ». Mais la presse écrite et
audiovisuelle est dominée par un journalisme de révérence, par des groupes industriels et financiers, par une pensée de marché, par des réseaux de connivence. Alors, dans un périmètre idéologique minuscule, se multiplient les informations oubliées, les intervenants permanents, les notoriétés indues, les affrontementsfactices, les services réciproques. Un petit groupe de journalistes omniprésents - et dont le pouvoir est conforté par la loi du silence - impose sa définition de l'information-marchandise à une profession de plus en plus fragilisée par la crainte du chômage. Ces appariteurs de l'ordre sont les nouveaux chiens de garde de notre système économique.

ISBN : 2-912-107-26-1

Nous n'accepterons paséternellement que le respect accordé au masque des philosophes ne soit finalement profitable qu'au pouvoir des banquiers. Paul Nizan Les Chiens de garde

NOTE INTRODUCTIVE A LA PREMIÈRE ÉDITION (1997)

Ce livre repose sur l'enregistrement méthodique
d'informations hautement périssables et volatiles : radiophoniques ou télévisuelles, les paroles volent et les propos de quotidiens sont pardéfinition éphémères. Ce travail d'archiviste a pour effet de ruiner un des supports invisibles de la pratique journalistique, l'amnésie qui n'est pas moins grande chez les journalistes que chez leurs lecteurs et qui autorise en permanence les inconséquences et les incohérences, voire les virevoltes et les volte-face. Il introduit par là une logique de la responsabilité : pourquoi, en effet, lesjournalistes n'auraient-ils pas à répondre de leurs paroles, alors qu'ils exercent un tel pouvoir sur le monde social et sur le monde même du pouvoir ? Pourquoi n'auraient-ils pas à rendre compte de leurs prises de position et même de leur manière d'exercer leur métier et de conduire leur vie alors qu'ils s'instaurent si volontiers en juges des autres hommes de pouvoir, et en particulier des hommespolitiques ? Ce texte n'a pas pour fin de discréditer des personnes, et moins encore une profession. Il est écrit par un journaliste qui, convaincu que les journalistes ne peuvent rien gagner à l'indulgence qu'ils s'accordent mutuellement, entend rompre le silence complice et apporter son témoignage critique, au lieu de se contenter de hurler avec les loups devant la moindre tentatived'objectivation. Il est écrit pour les journalistes qui font dignement p9 leur métier et qui souffrent de l'image dégradée qu'en donnent certains. Sans sacrifier à la phraséologie déontologique qui ne sert le plus souvent qu'à masquer les démissions, il rappelle à tous, journalistes ou lecteurs de journaux, ce que pourrait être un journalisme pleinement conscient de sa dignité. Pierre Bourdieu p10 INTRODUCTION

dissimuler sa participation à l' « actualité impure de son temps » sous un amas de grands concepts, Paul Nizan écrivit un petit essai, Les Chiens de garde. De nos jours, les simulateurs disposent d'une maquilleuse et d'un micro plus souvent que d'une chaire. Metteurs en scène des réalités sociales et politiques, intérieures et extérieures, ils les déforment tour à tour. Ils servent lesintérêts des maîtres du monde. Ils sont les nouveaux chiens de garde. Or ils se proclament « contre-pouvoir »... Et ils se veulent à la fois vigoureux, irrespectueux, porte-parole des obscurs et des sans-voix, forum de la démocratie vivante. Les Américains ont ramassé ce sacerdoce en une formule : « réconforter ceux qui vivent dans l'affliction et affliger ceux qui vivent dans le confort ». Le « contrepouvoir » s'est assoupi avant de se retourner contre ceux qu'il devait servir. Pour servir ceux qu'il devait surveiller. La chose devient assez connue, la loi du silence révolue. Mais rien ne change. Est-ce alors la profondeur de la déchirure sociale qui rend insupportable le bourdonnement satisfait de nos grands éditorialistes ? Est-ce plutôt l'impudence de leur société de connivence qui,...
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