Siecle de la shoah

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  • Publié le : 27 août 2010
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La Shoah et les génocides au 20ème siècle
Définitions, clarifications,
points de repère

Dr Joël KOTEK
professeur à l’ULB et enseignant à l’IEP

2009 - 2010

Génocide
La haine raciale et ethnique est la première cause de tout génocide. Il en est l’aboutissement ultime, mais non nécessaire pour autant.
Les recherches sur les génocides sont régulièrement remises en question par desusages intempestifs. Le mot fait désormais partie fait partie de toutes sortes de rhétoriques identitaires, humanitaires ou politiques. Son emploi vise à provoquer un choc dans l’opinion et ainsi ouvrir la voie à une intervention internationale. L’enjeu peut être financier ou judiciaire, dès lors que le mal est fait et qu’il s’agit de poursuivre devant les tribunaux internationaux tel ou telresponsable pour « crime de génocide ». La question peut aussi relever d’enjeux politiques internationaux, comme en a témoigné récemment la décision du TPY de conférer au (seul) massacre de Srebrenica la qualité de génocide.
Le mot paraît seul à même d'attirer l'attention, de frapper les consciences ; d’où une inflation verbale et incontrôlée. Plus que jamais, le terme de génocide est devenu un substantifpasse-partout. On invoque un génocide algérien, animal (bébés phoques), argentin, chilien, chrétien (avortement), homosexuel, noir, palestinien, social (délocalisation), trotskiste, urbain, vendéen. Le terme est désormais repris par tout groupe qui se considère victime d’une injustice ou d’une persécution alors qu’il devrait être considéré comme le crime absolu. C’est justement ces usagespolitiques médiatisés intempestifs qui imposent plus qu’à son tour une utilisation rigoureuse du concept. Certes, il est parfois difficile de trancher et ce, d’autant plus que la définition juridique adoptée par l’ONU en 1948, prête à interprétation de par sans doute une formulation un peu trop floue. C’est ce qui explique, sans aucun doute, aussi, la vaste gamme des définitions entre le psychologueIsraël Charny qui estime que tout massacre est un génocide, y compris Dresde ou Hiroshima, et l’historien Stephan Katz, qui soutient que le seul génocide perpétré dans l’Histoire fut la Shoah.
Afin d’éviter toute dérive inflationniste du concept, et pour que la comparaison soit non seulement possible mais utile il s’agira donc de recourir à une typologie précise et raisonnée à même de distinguer lecrime de génocide des autres crimes de masse. Il faut, en effet, absolument se garder de diluer le concept de génocide dans une seule corbeille ou s’empilerait tous les types de massacres de masse de civils (Bruneteau). Il nous paraît dès lors essentiel de pouvoir s'entendre sur l'emploi d'un concept permettant de différencier l’acte de destruction systématique et physique d’un groupe ethnique(génocide), de toutes les autres formes de violences collectives telles que l’épuration ethnique, l’ethnocide, le politicide, etc. Ce n’est pas offenser la mémoire des victimes de crimes contre l’humanité que de les inclure dans une autre catégorie que celle du génocide. De même qu’en droit pénal tous les crimes ne se valent pas, en ne mettant pas sur le même plan l’homicide volontaire avecpréméditation (assassinat), sans préméditation (meurtre), involontaire (‘simple’ crime) ou encore par négligence (‘simple’ délit), il est logique que des distinctions s'appliquent aussi dans le droit international. A priori, cette idée peut paraître difficile a accepter, moins si l'on accepte que l'on parle ici de "crimes" et non de "souffrances". En effet, si toutes les souffrances se valent, il n'en est pasde même des crimes. Tous les massacres collectifs ne sont pas des crimes contre l’humanité et tous les crimes contre l’humanité ne sont pas des génocides. Ainsi s’agissant du Darfour, la commission d'enquête internationale sur le Soudan de l’ONU a publié, en janvier 2003, un rapport qui tout en concluant que les exactions perpétrées au Darfour ne constituaient pas un génocide mais bien « des...
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