Société de consommation

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  • Publié le : 8 janvier 2011
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L’invention du quotidien - Arts de faire

La Raison technicienne croit savoir comment organiser au mieux les choses et les gens, assignant à chacun une place, un rôle, des produits à consommer.
Mais l'homme ordinaire se soustrait en silence à cette conformation. Il invente le quotidien grâce aux arts de faire, ruses subtiles, tactiques de résistance par lesquelles il détourne les objets et lescodes, se réapproprie l'espace et l'usage à sa façon. Tours et traverses, manières de faire des coups, astuces de chasseurs, mobilités, mises en récit et trouvailles de mots, mille pratiques inventives prouvent, à qui sait les voir, que la foule sans qualité n'est pas obéissante et passive, mais pratique l'écart dans l'usage des produits imposés, dans une liberté buissonnière par laquelle chacuntâche de vivre au mieux l'ordre social et la violence des choses. Michel de Certeau, le premier, restitua, voilà dix ans, les ruses anonymes des arts de faire, cet art de vivre la société de consommation.
Vite devenues classiques, ses analyses pionnières ont inspiré historiens, philosophes et sociologues.

Michel de Certeau, Gallimard, 1980
Fiche de lecture

 Préambule : L’invention duquotidien est le résultat d’une recherche dirigée par Michel de Certeau. Elle est publiée en deux volumes : le Vol.1 (Arts de faire) a été rédigé par Michel de Certeau ; le Vol.2 (Habiter, cuisiner) par Luce Giard et Pierre Mayol . L’ensemble de la recherche est résumé dans l’Introduction générale (pp.XXXV-LIII) publiée dans le Vol.1.
 Cette recherche est née d’une interrogation sur les opérations desusagers, supposés voués à la passivité et à la discipline. Elle concerne les modes d’opération ou schémas d’action des usagers qui sont occultés par la Raison technicienne dominante en Occident, usagers dont on cache, sous le nom pudique de consommateurs, le statut de dominés (ce qui ne veut pas dire passifs ou dociles). "Le quotidien s’invente avec mille manières de braconner" (p.XXXVI) quicomposent aussi une "culture".
• La production des consommateurs Beaucoup de travaux étudient soit les représentations (par exemple les images diffusées par la télévision) soit les comportements (les heures passées devant la télévision) d’une société. Ils doivent être complétés par l’étude de l’usage qui en est fait par des groupes ou des individus (ce que le consommateur culturel "fabrique" pendantces heures et avec ces images). La "fabrication" à déceler est une production cachée, disséminée, une poiétique (du grec poiein : créer, inventer, générer). "A une production rationalisée, expansionniste autant que centralisée, bruyante et spectaculaire, correspond une autre production, qualifiée de "consommation" : celle-ci est rusée, elle est dispersée, mais elle s’insinue partout, silencieuseet quasi invisible, puisqu’elle ne se signale pas avec des produits propres mais en manières d’employer les produits imposés par un ordre économique dominant" (p.XXXVII). La recherche se situe dans l’écart entre la production première des représentations (codifiée, totalisante…), et la production secondaire qui se cache dans le procès de leur utilisation par les pratiquants. Par exemple enlinguistique, l’acte de parler (construction de phrases propres… avec un vocabulaire et une syntaxe reçus) n’est pas réductible à la connaissance de la langue (ce vocabulaire et cette syntaxe reçus). L’acte énonciatif (ici l’acte de parler) présente les caractéristiques suivantes :
. Il opère dans le champ d’un système linguistique ;
. Il met en jeu une appropriation, ou une réappropriation, de lalangue par des locuteurs ;
. Il instaure un présent relatif à un moment et à un lieu ;
. Il pose un contrat avec l’autre (l’interlocuteur) dans un réseau de places et de relations.
"Ces quatre caractéristiques (…) pourront se retrouver en bien d’autres pratiques (marcher, cuisiner, etc.). Une visée s’indique au moins dans ce parallèle, qui ne vaut que partiellement (…). Elle suppose que (…)...
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