Sonnet d'amour 5 de jean de sponde

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  • Publié le : 26 juin 2010
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Jean de Sponde, Sonnet 5

Le sonnet 5 de Jean de Sponde (1557-1595), est un extrait d’un recueil s’intitulant « Sonnets d’Amour » dont la parution posthume eut lieu vers 1598. Le poète y expose une vision pessimiste, un sentiment noir de l’existence au travers de la souffrance amoureuse, à la manière de Jodelle ou de Jamyn. Il développe cette souffrance de manière lyrique recourant au mytheantique, s’investissant personnellement dans le sonnet ce qui le rend si poignant, tout en restant fidèle au Baroque.

1. Le Lyrisme de la souffrance amoureuse.

Si ce sonnet est des plus touchant, c’est que le « je » est impliqué au plus profond du sentiment de souffrance amoureuse qu’il exprime.

Ainsi le narrateur est-il on ne peut plus interne au sujet, mieux il vit pleinementchaque souffrance qu’il exprime. A tel point qu’il n’est pas un vers où il ne soit sujet ou objet de l’action : « je » aux vers 1,3,4,5,6,8,9 et le « me » aux vers 2,5,6,8, 11 puis les possessifs « mes » au vers 7 et « mon » au vers 10. l’ensemble de ces pronoms et de ces possessifs sont employés avec profusion trahissant cette implication profonde.

Le narrateur souffre de l’absence de la femmeaimée, cette absence étant mise en valeur par le fait qu’elle n’est évoquée que deux fois au cours du sonnet de façon implicite : « Deux déesses » vers 12, et « la » vers 14.
Cette souffrance est vécue intensément au moment où le narrateur écrit, puisque l’emploi du présent y est prédominant : « meurs et sortent » vers 1, « donne » vers 2, « font, sait et suis » vers 8, « suis » vers 9, « tue »vers 11, et « trouvons » vers 13.
Tour à tour le narrateur souffre de plusieurs maux et c’est à la longue agonie d’un homme que nous assistons. Ces maux sont d’abord physiques avec des termes se rapprochant de la douleur, comme « soucis » ou « martyre » (v.1). Puis vient la perte totale des repères : « … a tout moment je ne sais que je suis » (v.3). Le mal est également intellectuel comme lemontre le 2ème quatrain. Raisonner n’est plus d’aucune utilité : « un chagrin survenant mille chagrin m’attirent » (v.5) et « me cuidant aider, moi même je me suis » (v.6). Il ne peut plus lutter et se laisse emporter par «  l’infini mouvement de ses roulants ennuis » (v.7-8).
La religion, ultime bastion qui aurait pu l’aider à ne pas souffrir, le tue (« qu’elle qui me devrait faire vivre, metue ») achevant le dernier acte de cette agonie qui n’a d’autre échappatoire que la mort présente dès le premier vers : « je meurs ».

Enfin, le rythme renforce l’expression de cette souffrance amoureuse. Il est haché par les contre-rejets et les enjambements tels que : « que me donne l’absence » (v.2), « font tant qu’à tout moment » (v.3), « m’emporte » (v.8), « qu’elle qui me devrait faire vivre »(v.11), mais aussi la syntaxe : « , et les jours et les nuits » (v.2), « qu’à tout moment je ne sais que je suis » (v.3), « m’emporte, et je le sens mais je ne puis dire » (v.8). Ce découpement des vers donne l’impression d’un homme haletant, à l’agonie.
Les antithèses (« si j’empire du tout ou bien si je respire » (v.3), « qu’elle qui me devrait faire vivre me tue » (v.11), « moi de ne la voirpoint, lui de l’avoir vue » (v.14) et la syntaxe complexe ainsi que les motivations (« font tant qu’à tout moment je ne sais que je suis » (v.3), trahissent le trouble intérieur du narrateur.

2. Le mythe : mode d’expression de cette souffrance amoureuse.

De manière générale, le mythe antique est utilisé par les auteurs baroques : soit pour y situer l’action (théâtre : Shakespearedans Le songe d’une nuit d’été à Athènes ), ou à titre de comparaison chez les néo-pétrarquistes comme Jodelle ou Jamyn. C’est cette seconde utilisation du mythe que choisit Sponde dans ce sonnet en évoquant le mythe d’Actéon, jeune chasseur courant les bois avec sa meute qui aperçut Diane se baignant nue. Irritée d’avoir été découverte, celle-ci le transforma en cerf, et il fut déchiré par ses...
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