Sophocle

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  • Publié le : 19 décembre 2010
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Sophocle

Traduction de Leconte de Lisle

TRAGÉDIES

Table des matières ŒDIPE – ROI........................................................................... 3 ŒDIPE À COLONE.................................................................79 ANTIGONE ...........................................................................168PHILOCTÈTE....................................................................... 223 ÉLECTRE ............................................................................. 293 AJAX..................................................................................... 364 LES TRACHINIENNES ....................................................... 422 À propos de cette édition électronique................................ 472

ŒDIPE – ROI
OIDIPOUS. Ô enfants, race nouvelle de l'antique Kadmos, pourquoi vous tenez-vous ainsi devant moi avec ces rameaux suppliants ? Toute la ville est pleine de l'encens qui brûle et du retentissement des paians et des lamentations. Je n'ai point pensé que je dusse apprendre ceci par d'autres, ô enfants ! Et je suis venu moimême, moi, Oidipous, célèbre parmi tous leshommes. Allons ! parle, vieillard, car il convient que tu parles pour eux. Qu'est-ce ? Quelle est votre pensée ? Redoutez-vous quelque danger ? Désirez-vous être secourus dans une calamité présente ? Certes, je vous viendrai en aide. Je serais sans pitié si je n'étais touché de votre morne attitude. LE SACRIFICATEUR. Oidipous, ô toi qui commandes à la terre de ma patrie, tu nous vois tous prosternésdevant tes autels : ceux-ci qui ne peuvent encore beaucoup marcher, ces sacrificateurs lourds d'années, et moi-même serviteur de Zeus et cette élite de nos jeunes hommes. Le reste de la multitude, portant les rameaux suppliants est assis dans l’Agora, devant les deux temples de Pallas et le foyer fatidique de l'Isménien. En effet, comme tu le vois, la ville, battue par la tempête, ne peut pluslever sa tête submergée par l'écume sanglante. Les fruits de la terre périssent, encore enfermés dans les bourgeons, les troupeaux de bœufs languissent, et les germes conçus par les femmes ne naissent pas. Brandissant sa torche, la plus odieuse des déesses, la peste, s'est ruée sur la ville et a dévasté la demeure de Kadmos. Le noir Hadès s'enrichit de nos gémissements et de nos lamentations. Et voicique ces enfants et moi nous nous sommes rendus à ton seuil, non que tu nous sembles égal aux dieux, mais parce que, dans les maux qu'amène la vie ou dans ceux qu'infligent les daimones irrités, tu es pour nous le premier des hommes, toi qui,
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à ton arrivée dans la ville de Kadmos, nous affranchis du tribut payé à la cruelle divinatrice, n'étant averti de rien, ni renseigné par nous. Eneffet, c'est à l'aide d'un dieu que tu as sauvé notre vie. Tous le pensent et le croient. Or, maintenant, Oidipous, le plus puissant des hommes, nous sommes venus vers toi en suppliants, afin que tu trouves quelque remède pour nous, soit qu'un oracle divin t'instruise, soit qu'un homme te conseille, car je sais que les sages conseils amènent les événements heureux. Allons, ô le meilleur des hommes,remets cette ville en son ancienne gloire, et prends souci de la tienne ! Cette terre, se souvenant de ton premier service, te nomme encore son sauveur. Plaise aux dieux que, songeant aux jours de ta puissance, nous ne disions pas que, relevés par toi, nous sommes tombés de nouveau ! Restaure donc et tranquillise cette ville. Déjà par une heureuse destinée, tu nous as rétablis. Sois aujourd'huiégal à toimême. Car, si tu commandes encore sur cette terre, mieux vaut qu'elle soit pleine d'hommes que déserte. Une tour ou une nef, en effet, si vaste qu'elle soit, n'est rien, vide d'hommes. OIDIPOUS. Ô lamentables enfants ! Je sais, je n'ignore pas ce que vous venez implorer. Je sais de quel mal vous souffrez tous. Mais quelles que soient les douleurs qui vous affligent, elles ne valent pas...
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