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Émile Zola, La Débâcle, 1892

Commentaire.

La Débâcle raconte l'effondrement du Second Empire au terme de la guerre franco-prussienne (1870-1871). Le roman s'achève sur la répression sanglante qui a mis fin à la Commune de Paris (28 mai 1871). Jean Macquart, bouleversé par la mort d'un ami, contemple, dans les dernières pages du roman, la capitale incendiée par les Communardsdésespérés.

Jean, plein d'angoisse, se retourna vers Paris. A cette fin si claire d'un beau dimanche, le soleil oblique, au ras de l'horizon, éclairait la ville immense d'une ardente lueur rouge. On aurait dit un soleil de sang, sur une mer sans borne. Les vitres des milliers de fenêtres braisillaient, comme attisées sous des soufflets invisibles; les toitures s'embrasaient, telles que des lits decharbons; les pans de murailles jaunes, les hauts monuments, couleur de rouille, flambaient avec les pétillements de brusques feux de fagots, dans l'air du soir. Et n'était-ce pas la gerbe finale, le gigantesque bouquet de pourpre, Paris entier brûlant ainsi qu'une fascine géante, une antique forêt sèche, s'envolant au ciel d'un coup, en un vol de flammèches et d'étincelles? Les incendiescontinuaient, de grosses fumées rousses montaient toujours, on entendait une rumeur énorme, peut-être les derniers râles des fusillés, à la caserne Lobau, peut-être la joie des femmes et le rire des enfants, dînant dehors après l'heureuse promenade, assis aux portes des marchands de vin. Des maisons et des édifices saccagés, des rues éventrées, de tant de ruines et de tant de souffrances, la vie grondaitencore, au milieu du flamboiement de ce royal coucher d'astre, dans lequel Paris achevait de se consumer en braise.
Alors, Jean eut une sensation extraordinaire. Il lui sembla, dans cette lente tombée du jour, au-dessus de cette cité en flammes, qu'une aurore déjà se levait.

1. Braisillaient : brillaient d'une lueur rougeâtre.
2. Fascine : fagot de bois sec.
3. Lacaserne Lobau : lieu où étaient fusillés les Communards condamnés par la cour martiale.

Plan

I. Un spectacle flamboyant
a) La conjonction du coucher de soleil et des incendies.
b) Le jeu des couleurs, sons et lumières.

II. Une situation tragique, mais tempérée par l'espoir
a) Le thème de la mort et le grandissement épique.
b)Une lueur d'espoir.

Analyse

Émile Zola (1840-1902), journaliste et romancier, écrivit L'Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire, les Rougon-Macquart. Cette suite de vingt volumes retrace les drames d'une famille que l'on suit dans toutes les couches de la société et dont il peint les qualités et les défauts, déterminés par le milieu et l'hérédité. La Débâcleest l'avant-dernier roman de cette série.
Dans un autre roman d'Émile Zola, La Curée (chapitre II), se trouve une description de Paris proche de celle-ci. Vue des buttes de Montmartre, la ville, inondée de soleil, se couvre d'or. Le thème n'est pas la mort et l'incendie, mais la richesse née des spéculations immobilières. Cependant, les moyens et effets littéraires sont identiques.Dans La Débâcle, Émile Zola évoque un épisode sombre de l'histoire de France : le conflit de la Commune, qui opposa dans la capitale et plusieurs villes de province les révolutionnaires hostiles à la capitulation devant les Prussiens, et le gouvernement plus conservateur réfugié à Versailles. L'un des passages du roman peint un épisode spectaculaire et tragique de cette guerre civile : l'incendiede Paris par les révoltés avant leur défaite. La description d'une ville incendiée à la fois par le coucher de soleil et par les Communards devient un tableau où la mort omniprésente est tempérée par l'espoir d'un avenir plus calme.

Cette description de Paris se situe à un moment particulier : la conjonction, le 28 mai 1871, du coucher de soleil et d'incendies allumés par les...
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