Southwest road trip

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  • Publié le : 28 mars 2011
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28 janvier

Quel spectacle ! Je survole le Canada, l’ouest de l’Ontario. Dix kilomètres d’altitude, et c’est une immensité qui s’offre à notre regard. Un infini de lacs gelés, petites taches blanches, dans la forêt grise de l’hiver. Que nous sommes petits.
Je regrette de ne pas avoir choisi un siège avec hublot ; j’ai privilégié mes jambes à mes yeux.
Dans l’avion, l’ambiance est bonenfant. Les gens qui ne dorment pas ou n’avalent pas film sur film, sont debout devant les boissons et les sandwichs, discutent ensemble en s’extasiant devant le hublot.

Après l’immensité canadienne vue du ciel, c’est l’immensité de Los Angeles... vue de ma voiture. Ce n’est pas une ville, c’est un monde. Sur la carte, j’avais imaginé sortir de LA en moins d’une heure. Il me faudra trois heures pourm’extraire des tentacules de la pieuvre. Malgré les imposantes highways, jusqu’à deux fois six voies, le trafic est dense et n’arrange mes affaires de jetlager.
Je me souviens, il y a une dizaine d’années, Lætitia et moi n’avions pas aimé LA. En bons européens, nous avions cherché le centre, ce qui, surtout à LA, est une erreur. A LA, il n’y a pas une ville, mais plusieurs, qu’il faut considérer commedes quartiers. Et si les tours de Downtown qui surplombent la plaine m’appellent, on se dit qu’il faut aborder cette vastitude quadrillée d’avenues rectilignes, en faisant le choix d’un quartier, puis d’un autre, plutôt de vouloir étreindre sa totalité.

Les premiers tours de roue en sortant de l’aéroport sont magiques, excitants : il fait beau, l’air est doux à la fenêtre de mon SUV et lamusique californienne donne de l’entrain au zombie en manque de sommeil que je deviens. A la tombée de la nuit, les kilomètres de rubans scintillants, des feux des automobiles à la queue leu leu, ont raison de mon enthousiasme. C’est en baillant que je gare la voiture devant un motel 6 à San Hesperia, Californie.
En entrant dans ma chambre, je dis volontiers ma chambre tant les chambres de motel seressemblent toutes, de la disposition générale au couvre-lit, de la salle de bain au tableau au-dessus du lit, dans ma chambre donc, le réveil de mon téléphone sonne. Cela fait 24 heures que je suis réveillé. Il est temps de m’endormir dans la nuite californienne.

29 janvier

Je me réveille avant 3 heures, heure locale. Le temps de prendre un bain, d’envoyer quelques mails, de travailler et depréparer la journée, je suis sur la route. C’est samedi, il est 5 heures et déjà les pickups et les trucks filent sur les highways.
Le jour se lève sur des collines désertiques. Je m’arrête prendre le petit-déjeuner à Barstow, étape obligée entre LA et Vegas sur la route 66.

Etrange et agréable de rouler sur la 66, surtout sur les tronçons laissés à l’abandon car concurrencés par une highwayplus efficace.
Etrange, car on a le sentiment d’être hors du temps. Pas dans les années 30, non, hors du temps. La chaussée est par endroits très dégradée donc on roule doucement, et surtout il y a cette absence de toute signalisation. On roule mais on ne sait pas trop où précisément.
Agréable également parce que la 66 est par moment une véritable montagne russe. Ceux qui l’on construite n’ontpas jugé nécessaire de la rendre plane. La route monte et descend sans cesse, épousant fidèlement les rides du terrain : bosses et creux se succèdent au gré des monticules et des cours d’eau asséchés. L’homme des années 30 étaient-ils plus discrets ? Moins dominateurs ? Là où l’ingénieur d’hier effleurait, son homologue d’aujourd’hui tranche, découpe, entaille. C’est plus efficace, et les moyensactuels de terrassement rendent cela plus possible, mais plus monotone.

Sur les talus de la route 66 qui me mène à Wikieup, des amoureux écrivent leurs noms avec de grosses pierres. J’imagine que laisser trace de son amour sur la Mother Road doit porter chance, à moins qu’il s’agisse de lui montrer son attachement, comme lorsque l’on entasse des cailloux sur le chemin de Saint Jacques.

Je...
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