Spinoza liberté et obéissance

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 12 (2883 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 6 novembre 2009
Lire le document complet
Aperçu du document
Expliquer le texte suivant :
On croit que l’esclave est celui qui agit sur commandement d’autrui, et que l’homme libre est celui qui se conduit selon son propre gré. Mais cela n’est pas absolument vrai. En réalité, celui qui se laisse entraîner par son seul plaisir, au point de ne plus voir ni faire rien de ce qui lui serait utile, est soumis au plus grand esclavage, et seul est libre celui quivit volontairement sous la conduite de la raison. Quand à l’action commandée, c’est-à-dire l’obéissance, elle ôte bien d’une certaine manière la liberté, mais ce n’est pas cela qui rend immédiatement esclave, c’est la raison de l’action. Si la fin de l’action n’est pas l’utilité de l’agent lui-même, mais de celui qui commande, alors l’agent est esclave et inutile à soi-même. Mais dans un État etsous un pouvoir où la loi suprême n’est pas le salut de celui qui commande, mais le salut du peuple tout entier, celui qui se soumet en tous points au pouvoir souverain doit être dit non pas esclave inutile à soi, mais sujet. Ainsi l’État le plus libre est celui qui se soumet en tout à la droite raison, car chacun, s’il le veut, peut y être libre, c’est-à-dire y vivre volontairement sous laconduite de la raison.
Spinoza - Traité politique

La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

En affirmant que la liberté consiste à vivre volontairement sous la conduite de la raison, Spinoza rompt avec une représentation familière qui veut que la libertésoit forcément en contradiction avec quelque soumission que ce soit. De la sorte, il prétend résoudre ce problème : peut-on être libre tout en en obéissant ? Sa réflexion semble d’abord s’inscrire dans une perspective psychologique et morale, mais se termine par une référence soutenue au domaine politique. Selon lui, il semble ainsi que la question de la définition de la liberté obtienne uneréponse plus satisfaisante du côté de l’obéissance citoyenne que du côté du désir individuel. Peut-on se satisfaire de cet oubli de la personne et accepter la subordination de la réalité morale et psychologique à la considération politique ?

Le texte est construit de telle sorte qu’il corrige une double opinion, selon laquelle on n’est pas libre quand on obéit et on est libre quand on fait ce qu’ondésire. Après l’avoir énoncée, l’auteur annonce une nuance en distinguant entre ce qui n’est « pas absolument » vrai et ce qui n’est « absolument pas » vrai. Le mouvement suivant met en évidence de ce qu’il y a de faux dans cette opinion (le désir peut être une aliénation), et la suite du texte lui substitue la thèse : être libre, c’est être raisonnable. L’auteur concède ensuite que cette opinionn’est pas fausse « dans le fond », car en obéissant on peut ne pas être libre. Cette opinion est cependant mal exprimée « dans la forme » : ce qui compte, ce n’est pas l’obéissance, mais la finalité de l’obéissance. Fort logiquement, le texte reformule alors ce qu’il y a de vrai dans l’opinion : quand on obéit dans l’intérêt d’un autre, on n’est pas libre. L’avant dernier mouvement du texteréalise alors une double opération : d’une part une déduction implicite (quand on obéit dans son propre intérêt, on est libre), d’autre part une illustration particulière de cette déduction : l’État raisonnable réalise la liberté (le citoyen qui obéit à la loi républicaine est libre). Spinoza conclut alors radicalement en affirmant que l’État républicain réalise la liberté.

La liberté et soncontraire se présentent sur le mode d’un sentiment vécu. La mise ne forme approximative (« définition » ou plutôt généralisation) de la liberté la considère comme la possibilité d’agir de sa propre initiative, en l’absence de toute limite, de tout devoir, de toute obligation ou de contrainte. La moindre limitation est donc éprouvée comme une négation, et en particulier l’obéissance apparaît-elle comme...