Spinoza

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  • Publié le : 14 octobre 2010
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a réplique de Socrate après la tirade de Calliclès qui défend l’option d’une vie « libre » – mais que Socrate lui qualifie de « déréglée »- se fonde sur deux arguments distincts et successivement énoncés :
Le premier s’attache à la nature des désirs : ils sont insatiables et à l’instar d’un tonneau percé, impossibles à satisfaire car ils renaissent sans cesse sous la même ou d’autres formes.Le propos de Socrate est sans équivoque puisqu’il dit que qu’un sicilien a nommé la partie de l’âme où se logent les passions « « tonneau » à cause de sa nature insatiable ».
Ici le mot nature a le sens d’ensemble des qualités inhérentes à un objet, qui le constituent fondamentalement.
Bon l’image est simple : c’est celle des habitants de l’Hadès, royaume du dieu Hadès où les « psychaï » vontêtre jugées après la mort, qui sont condamnés à remplir un tonneau percé avec un crible, c’est-à-dire avec un instrument troué de toutes parts qui sert trier. Tenter de satisfaire ses désirs comme l’entend Calliclès équivaut à vouloir remplir son existence d’objets qui s’écoulent avant même de les avoir vraiment acquis ou qui s’échappent une fois l’illusion de leur possession dissipée.
De mêmeque l’eau s’écoule du crible avant que quelques gouttes ne finissent par remplir péniblement le tonneau percé, de même nos appétits apparaissent et disparaissent avant que quelques uns ne parviennent à être satisfaits et à remplir nos existences d’un plaisir qui à peine vécu s’en va déjà.
La poursuite effrénée de la satisfaction de tous nos désirs ne peut mener au bonheur car elle nous condamne àun repos impossible et un chaos existentiel assuré. Tiraillé entre tous les désirs, l’on ne se satisfait de rien puisque la satisfaction d’un premier désir fait naitre la nécessité d’un second désir. Si le bonheur vise les principes de plénitude, d’équilibre, en somme l’éradication du manque, la vie déréglée n’aboutit qu’au tourment en creusant la finitude de notre nature, en creusant ce qui enelle n’est que manque et imperfection.
Mais au bout des allégories énoncés par Socrate, le discours se révèle inefficace car ne convaincs en aucune manière Calliclès à ne pas satisfaire les désirs car pour ce dernier c’est précisément l’impossible éradication du manque, la recherche systématique de la satisfaction des désirs, qui rendent raison, c’est-à-dire qui justifient le fait de vivre la vie.L’essence même de l’existence se tisse dans la toile complexe et tourmentée des désirs. Vivre c’est ne consiste en rien à échapper aux tourments, au désordre. Il dit qu’au contraire celui qui vit dans la tempérance a rempli son existence soit, mais y a oublié d’y mettre plaisir ou peine ce qui pourtant « fait l’agrément de la vie ».
Socrate consulte donc un deuxième argument qui ne critiqueplus la nature des désirs mais les objets qu’ils visent et c’est à partir de leur analyse que s’élabore la remise en question de la satisfaction incontinente des appétits.
S’il ne faut pas chercher à satisfaire tous les désirs c’est parce que les désirs ne mènent pas nécessairement au bien. C’est qu’il faut confondre, ce qui fait plaisir, c’est-à-dire ce qui est agréable et ce qui est bon.
C’estun moment du discours fondamental. Non seulement parce qu’il s’agit de l’argument massue de Socrate mais aussi parce que c’est le moment où Socrate parle en philosophe en procédant à un effort philosophique typique et important quand on fait des dissertations ou des explications de texte en classe de terminale, en procédant à ce que l’on appelle une distinction conceptuelle. Si nous nousméprenons sur le fait qu’il faut satisfaire comme le préconise Calliclès tous nos désirs c’est que nous méconnaissons la différence sémantique entre ce qui est agréable et ce qui est bon.
Et cette différence sémantique participe d’une vision du monde qu’il faut intégrer pour se défaire de nos mauvaises habitudes qui tirent leur origine de nos visions erronées et illusoires de la réalité.
Quand nous...
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