Stendhal, le rouge et le noir, « il fit une reconnaissance militaire […] circonstance difficile à expliquer », livre ii, chapitre 16

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INTRODUCTION
Nous sommes ici au chapitre XVI du livre 2. Julien est monté à Paris où il se trouve secrétaire du
marquis de la Mole. C’est donc une nouvelle étape dans sa quête du pouvoir à laquelle s’ajoute une
nouvelle étape amoureuse. En effet, la fille du marquis, Mathilde, jeune femme courtisée du tout
Paris, va s’intéresser à Julien qui représente pour elle l’aventure, l’insolite.Cherchant à le séduire,
elle lui envoie une lettre l’invitant à la rejoindre dans sa chambre la nuit. C’est la seconde scène du
roman où Julien rejoint une femme la nuit et escalade une échelle pour y parvenir. Il s’agit donc à
priori d’une scène de rencontre amoureuse, mais nous verrons qu’une fois de plus, Stendhal va
détourner cette scène de genre en nous livrant même une inversion desrôles attendus.

I. JULIEN SOREL, UN PERSONNAGE PEU COURAGEUX
Toute la scène est fondée sur un contraste entre les deux personnages. Le point de départ de cette
rencontre nocturne est étrange et inhabituel : c’est Mathilde qui a envoyé une lettre à Julien, lui
proposant un rendez-vous galant et non pas Julien qui commence à lui faire la courre. Contrairement
au chapitre XXX du livre 1,les rôles sont ici inversés.
Pourtant, toutes les caractéristiques d’un décor romantique semblaient être là pour renforcer cette
situation amoureuse : la lune est bien présente mais elle est détournée de son symbole romantique,
elle n’appartient pas à une nature bienveillante mais elle renforce le danger encouru par Julien. D’où
la phrase très surprenante et l’oxymore : « Le temps étaitd’une sérénité désespérante ». Julien a
décidé de rejoindre Mathilde sans grand enthousiasme (contrairement au chapitre XXX où il était
déterminé). Julien éprouve de la peur, comme le soulignent les différentes notations temporelles :
« vers les onze heures », « à minuit et demi », « une heure cinq minutes ». Ces précisions temporelles
soulignent les atermoiements de Julien qui ne parvient pas àse décider. Ainsi, l’expression « pour
laisser le temps à un contrordre » est peu romantique puisque l’invitation semble ici être perçue
comme un ordre. Julien est de plus angoissé, ce qui est en décalage avec la première phrase de
l’extrait qui suppose un courage héroïque : « reconnaissance militaire et fort exacte ». Au contraire,
on trouve des expressions qui prêtent à sourire : «autant de peur », « étonné de ne pas être
attaqué », « se hâta de jet un coup d’œil » et toutes les phrases au discours indirect libre telles que
« il peut y avoir des hommes cachés sans que je les voie ». On note ainsi la fébrilité de Julien qui ne
semble avoir aucune envie de prendre de risques (encore une fois en opposition au chapitre XXX où
Julien assumait le rôle de héros téméraire).Cette attitude fait également ressortir une certaine
paranoïa chez Julien qui, peut être, signifie, au-delà du sens premier de la scène, le malaise de Julien
dans un milieu social qu’il admire et qu’il méprise en même temps. Or, Julien veut se donner une
contenance, se donner du courage et certaines de ses répliques pourraient l’assimiler à une sorte de
matamore car elles sont fortementhyperboliques : « j’ai toutes sortes d’armes et de pistolets ». En
fait, l’attitude de Julien s’explique par une phrase très sèche qui résume bien la situation : « il n’avait
pas d’amour du tout ». Cette expression se situe à la fin d’une phrase au rythme ternaire : « Julien
était fort embarrassé, il ne savait pas comment se conduire, il n’avait pas d’amour du tout ». La
présence dans cettephrase de verbes sans force sémantique (« Julien était », « il ne savait », « il
n’avait »), renforcés par la présence de négations, fait ressortir comme une évidence l’absence de
sentiments amoureux, d’où l’absence de spontanéité amoureuse : « il pense qu’il fallait oser ». Par
Stendhal, Le Rouge et le Noir, « Il fit une reconnaissance militaire […] circonstance difficile à
expliquer »,...
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