Stigmatisation

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 31 (7536 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 7 avril 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Sociologie

La stigmatisation
Thierry ROGEL, profeseur de SES au lycée Descartes de Tours

L’analyse de la déviance abordée en première et, implicitement dans le cadre du chapitre sur le lien social, en terminale nous confronte, aux côtés du terme « déviance », à la notion de « stigmatisation » mais sans que celle-ci soit généralement approfondie. Dès lors, on peut se demander s’il convientd’utiliser un terme supplémentaire s’il ne s’agit pas de décrire autre chose que la déviance. En fait, l’analyse de la stigmatisation nous amène à aborder des problèmes classiques de sociologie sous un angle très particulier.

I

l convient d’abord de resituer la notion de stigmatisation dans l’ensemble des analyses sur la déviance. La déviance, qui peut amener aux situations d’exclusion, deségrégation ou de marginalité, peut dans un premier temps être comprise comme un écart aux normes ou aux valeurs de la société ou du groupe d’appartenance. Dans l’optique de Merton, il s’agit du résultat d’une mauvaise adéquation entre les buts valorisés de la société et les moyens qu’elle met à la disposition de ses membres1. Le déviant sera celui qui accepte les buts valorisés par la société(l’enrichissement par exemple) mais n’utilise pas les moyens légitimes pour y parvenir. Sera également déviant celui qui refuse aussi bien les moyens que les buts de la société. Dans cette perspective, la déviance apparaît largement comme le résultat d’une action de l’individu. Howard Becker renverse cette perspective (retrouvant en cela des idées de Durkheim2) en montrant que la déviance, loin d’être lerésultat voulu ou non d’une action indivi-

duelle, est le résultat d’une qualification d’un acte par la société (« labeling theory » ou « théorie de l’étiquetage »)3. La déviance peut être également vue, dans l’optique de l’École de Chicago, comme un processus de socialisation au sein d’un sous-groupe4. La notion de stigmatisation, quant à elle, est attachée au nom d’Erving Goffman qui ladéveloppe dans son ouvrage Stigmates – Les usages sociaux des handicaps (Les Éditions de Minuit, 1975, première édition en 1963). Cet ouvrage nous semble intéressant à plus d’un titre dans la mesure où il constitue une bonne introduction à l’analyse interactionniste utilisée par Goffman, notamment parce qu’il n’engendre pas cette perplexité qu’on peut ressentir à la lecture de ses ouvrages traitant dela vie quotidienne (La Mise en scène de la vie quotidienne, Les Éditions de Minuit, 1973, ou Les Rites d’interaction, Les Éditions de Minuit, 1974, ouvrages par ailleurs passionnants. Il convient de rappeler que les travaux de Goffman peuvent être utilisés avec nos élèves car il a le mérite

d’illustrer constamment ses analyses d’exemples tirés de romans, d’articles de journaux ou d’autresrecherches, permettant ainsi de ne pas se perdre dans les abstractions. Notre présentation du concept de stigmatisation s’appuiera également sur un autre ouvrage moins connu mais tout à fait remarquable : Vivre à corps perdu de Robert Murphy5. L’auteur, ethnologue de formation, est atteint d’une tumeur allant de la deuxième vertèbre cervicale à la huitième vertèbre dorsale et entraînant une infirmitéprogressive. Il procède à une analyse de son handicap de « l’intérieur » mais avec le savoir-faire de l’observateur qu’est un ethnologue, analyse dans laquelle il confirme pleinement la justesse des observations de Goffman (auquel il se réfère souvent).

„
1. Robert K. Merton, Éléments de théorie et de méthode sociologique, Plon, 1965. 2. É. Durkheim, Les Règles de la méthode sociologique, Puf, 17eédition, 1968. 3. H. S. Becker, Outsiders, éd. Métailler, 1985. 4. A. Coulon, L’École de Chicago, Puf, 1992. 5. Robert Murphy, Vivre à corps perdu, Terre humaine, Plon, 1990.

DEES 107 / MARS 1997

. 53

LA NOTION DE STIGMATISATION
Pour Gofmann, le stigmate correspond à toute caractéristique propre à l’individu qui, si elle est connue, le discrédite aux yeux des autres ou le fait...
tracking img