Strange fruits Billie Holliday

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  • Publié le : 25 avril 2014
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Strange Fruit, sur un texte de Abel Meerepol (nom de plume : Lewis Allan), chanté pour la première fois par Billie Holiday au Cafe Society, dans une boîte de nuit de New-York. (chanson contre le lynchage).

En 1939, Billie Holiday, une des plus célèbre de chanteuse de jazz à cette époque, a enregistré la chanson Strange Fruits – poème anti-raciste de Lewis Allen (de vrai nom Abel Meeropol : ilétait professeur de lycée et juif) – qui a exprimé ses sentiments concernant les lynchages en Amérique et a fait une puissante déclaration contre le racisme qui était toujours présent dans sa vie. Holiday a employé le jazz comme instrument pour rassembler l’opinion publique afin de supporter la législation anti-lynchage qui languissait au congrès.

D’abord chantée au Café Society, un night-clubde Greenwich Village à New York – tenu par Barney Josephson –, cette chanson fut enregistrée par la firme Commodore le 20 avril 1939, alors que Columbia ne voulait pas de cette « chanson-propagande » dans son catalogue. Ce fut un véritable succès commercial.



Billie chante Strange Fruit…


L’écoute de Billie Holiday chantant Strange Fruit reste un moment inoubliable ; sans doute rien decomparable à ce qu’ont vécu les clients du Cafe Society en 1939 (voir l’excellent livre de David Margolick qui raconte la scène au Cafe Society), mais il suffit d’imaginer la scène...




La salle est plongée dans le noir, le service aux tables et au bar a été interrompu. Billie Holiday est seulement accompagnée d’un piano sur lequel elle s’appuie, un unique et petit spot éclaire son visage.Elle est immobile, comme hébétée… Son visage se crispe et dans un rictus de douleur, sortent de sa bouche les premières syllabes de Strange Fruit. Billie fredonne d’une voix à la déchirure souveraine cet émouvant requiem, qui dénonce les lynchages sudistes, pour ces « fruits étranges » pendus aux branches des arbres : « Des corps noirs balançant dans la brise sudiste ». C’est là, le vertige d’unesouffrance maîtrisée.

Elle chante de manière très sûre, convaincue et si convaincante. Elle est déterminée et très concentrée. Son élocution et son phrasé donnent aux mots qu’elle "assène" à l’audience une intensité et un impact si forts qu’à la fin de sa prestation, un "silence de mort" se fait dans la salle…

Ce silence pesant semble durer une éternité avant qu’un spectateur ne se mette àapplaudir nerveusement, imité ensuite par toute la salle.

Il était convenu dans l’engagement de Billie que Strange Fruit soit chanté lors de son dernier set et pour le clore, mais après cette prestation, elle était incapable de poursuivre et se retirait longuement seule dans sa loge pour se remettre de l’intense émotion qui la submergeait alors.



Billie HOLIDAY (1915-1959) : quelques datesclés



1915 - Naissance d'une petite fille à l’enfance malheureuse, chaotique, adolescente meurtrie corps et âme, elle deviendra quelques années plus tard « Lady Day » (ainsi que la surnomma son ami fidèle, le saxophoniste Lester Young, comme elle brisé par la vie), la chanteuse à la voix la plus émouvante de l’histoire du jazz qui finira son existence dans le désenchantement etl’autodestruction.



1930 - Arrêtée pour prostitution à quinze ans, elle est envoyée pour quatre mois dans une prison pour femmes. À sa sortie, elle est engagée comme chanteuse au pourboire puis travaille régulièrement jusqu’à ce que le producteur John Hammond la remarque : elle enregistre son premier disque en novembre 1933 avec une formation dirigée par Benny Goodman. Elle passe ensuite dans de nombreuxclubs, dont le célèbre Apollo, où on apprécie déjà le sens particulier de son phrasé, une mise en place extrêmement originale et le timbre de sa voix légèrement acidulé. C’est en 1935 qu’elle enregistre ses premiers grands disques avec l’orchestre du pianiste Teddy Wilson puis sous le nom de Billie Holiday and Her Orchestra (« No Regrets », « Billie’s Blues », « Easy to Love », 1936)....
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