Stupeur et tremblement

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 12 (2786 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 23 mars 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
l décrit la vie d'une européenne au japon, Initialement employée comme interprète, elle devient la protagoniste d'une fulgurante chute sociale. Trop intelligente, ironique pour les standards nippons, Amélie est une victime des mécanismes pervers de l'entreprise à la japonaise.
Stupeur et tremblements est un divertissement qui utilise savamment des annotations autobiographiques et les invectivesamusantes contre les coutumes japonaises et se moque de l'obsession de la productivité et le politiquement correct qui n'est pas seulement l'apanage des bureaux nippons.

(Afin de mieux préserver le style de l'auteur et de restituer l'originalité et la vivacité de son ton, la précision de son vocabulaire, ce texte a été conçu à partir d'extraits du roman. Ce résumé n'est qu'un fugitif aperçu dutalent de Amélie Nothomb et ne prétend en aucun cas se substituer à la lecture du texte intégral qui seul rend hommage à l'écrivain ).

"Le 8 janvier 1990 je fus engagée par la compagnie Yumimoto.

Yumimoto était l'une des plus grandes compagnies de l'univers. Monsieur Heneda en dirigeait la section Import-Export, qui achetait et vendait tout ce qui existait à travers la planète entière.

Lecatalogue Import-export de Yumimoto était la version titanesque de celui de Prévert : depuis l'emmenthal finlandais jusqu'à la soude singapourienne en passant par la fibre optique canadienne, le pneu français et le jute togolais, rien n'y échappait. L'argent chez Yumimoto dépassait l'entendement humain.

Bientôt je me rendis compte que les jours passaient et je ne servais à rien. Aucune descompétences pour lesquelles on m'avait engagée ne m'avait servi. Je ne comprenais toujours pas quel était mon rôle dans cette entreprise ; cela m'indifférait. J'étais enchantée de ma collègue, mademoiselle Mori qui était ma supérieure directe. Elle était svelte et gracieuse à ravir, malgré la raideur nippone à laquelle elle devait sacrifier. Mais ce qui me pétrifiait, c'était la splendeur de sonvisage : posé sur sa silhouette immense, il était destiné à dominer le monde.

Monsieur Saito qui était le supérieur de Mademoiselle Mori ne me demandait rien, sauf de lui apporter des tasses de café. Rien n'était plus normal, quand on débutait dans une compagnie nippone, que de commencer par l'ôchakumi - " la fonction de l'honorable thé ". Je pris ce rôle d'autant plus au sérieux que c'était leseul qui m'était dévolu. Cette humble tâche se révéla le premier instrument de ma perte.

Un matin, monsieur Omochi, qui était le supérieur de monsieur Saito reçut une importante délégation d'une firme amie. Je servis chaque tasse avec une humilité appuyée, psalmodiant les plus raffinées des formules d'usage, baissant les yeux et m'inclinant. S'il existait un ordre du mérite de l'ôchakumi, il eûtdû m'être discerné.

Plusieurs heures après la délégation s'en alla. La voix tonitruante de l'énorme monsieur Omochi cria en appelant monsieur Saito qui un peu plus tard me convoqua à mon tour. Il me parla avec une colère qui le rendait bègue :

- vous avez profondément indisposé la délégation de la firme amie ! Vous avez servi le café avec des formules qui suggéraient que vous parliez lejaponais à la perfection ! Vous avez crée une ambiance exécrable dans la réunion de ce matin : comment nos partenaires auraient pu se sentir en confiance, avec une Blanche qui comprenait leur langue ? A partir de maintenant vous ne parlez plus japonais.

Présenter ma démission eût été le plus logique. Pourtant, je ne pouvais me résoudre à cette idée.

Aux yeux d'un Occidental, ce n'eût rien eud'infamant ; aux yeux d'un Japonais, c'eût été perdre la face. J'avais signé un contrat d'un an. Partir après si peu de temps m'eût couverte d'opprobre, à leurs yeux comme aux miens.

J'avais toujours éprouvé le désir de vivre dans ce pays auquel je vouais un culte depuis les premiers souvenirs idylliques que j'avais gardés de ma petite enfance. Je m'étais donné du mal pour entrer dans cette...
tracking img