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  • Publié le : 27 novembre 2011
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Acte V, scène 7, vers 1622-1644

C'est en 1677 que Racine fait représenter Phèdre, pièce inspirée de deux tragédies antiques : Hippolyte, de l'auteur grec Euripide, et Phèdre, de l'auteur latin Sénèque. Racine place au centre de l'intrigue une héroïne déchirée entre sa passion violente pour son beau-fils, et sa conscience qui juge sévèrement cet amour interdit.

Situation du texte : (cf.textes précédents) À la fin de l'acte III, le retour de Thésée a accéléré l'action. Le roi a cru la calomnie d'Oenone, confidente de Phèdre, contre son fils, Hippolyte, et, sous l'effet de la colère, sans écouter ses protestations d'innocence de son fils, a appelé contre lui la malédiction de Neptune. L'acte IV se termine sur la jalousie de Phèdre, qui renonce ainsi à disculper Hippolyte. Mais l'acteV fait naître chez Thésée des doutes, trop tardifs : le récit de Théramène lui apprend la mort terrible d'Hippolyte. Dans cette scène 7 nous arrivons au dénouement.

Quel sens donner à l'ultime aveu de Phèdre ?

UN PLAIDOYER

L'aveu intervient de façon brutale, dans les trois premiers vers de la tirade, introduit par un alexandrin au rythme brisé qui marque l'urgence, renforcéepar le recours à l'impératif. Il est affirmé par le pronom tonique et le présentatif en tête du vers 1623, tout comme est placé en tête de vers le verbe qui exprime la faute : “osai”. Cette faute, en rappelant le rôle joué par le regard dans la passion racinienne, se traduit par le chiasme des adjectifs : “ce fils chaste et respectueux” / un oeil profane, incestueux”. La chasteté, rejet de l'amour,s'oppose en effet directement à l'idée d'inceste, amour interdit, comme le terme “respectueux”, qui renvoie au sacré, s'oppose à “profane”, signe de l'impureté. C'est bien cette notion d'impureté, de sacrilège qui soutient l'aveu.

Mais l'on notera déjà la brièveté de cet aveu, en deux vers, de même que le thème du regard, porteur de la faute souvent mentionné dans la pièce, semble amoindri parla formule “jeter un oeil”. De plus, aussitôt cet aveu formulé, deux excuses sont introduites. La première est la fatalité : sans mention précise de Vénus, Phèdre se présente comme une victime, passive, l'action sournoise de la divinité étant reproduite par le jeu des consonnes [ s ] et [ f ], qui figure le glissement du désir au plus profond de soi, donc l'aliénation subie. Puis sept vers vontêtre consacrés à Oenone, visant ainsi à effacer la culpabilité directe de Phèdre, qui ne se représente plus que dans sa “faiblesse extrême”, totalement impuissante. Les termes qui accusent Oenone sont très violents (”détestable”, “La perfide”, “abusant”), et Phèdre évoque sans le moindre regret la mort de celle qui a, malgré tout, agi pour la sauver : “A cherché dans les flots un supplice tropdoux”.

=== On note donc l'ambivalence de cet aveu qui, tout en affirmant une culpabilité, tente simultanément de redonner à Phèdre une part d'innocence.

UNE EXPIATION

L'ultime aveu Au même titre que la parole (le premier aveu à Oenone) avait noué l'intrigue, il est nécessaire que ce soit la parole qui la dénoue. Cet aveu, prélude à la mort, devient donc une confession, et va en jouer lerôle : purifier l'âme du pécheur pour lui ouvrir les portes du ciel. Ainsi s'explique le retour au “je”, avec l'affirmation forte, “j'ai voulu”, et la place en écho à la rime de “remords” et “morts”. La parole ultime de Phèdre est donc une réhabilitation d'Hippolyte, seule propre à mener à sa propre réhabilitation, en plaçant Thésée dans le rôle de confesseur (”devant vous exposant mes remords”), cequi justifie également le fait que Phèdre, contrevenant à la règle classique des bienséances, vienne mourir sur scène. Mais l'on notera qu'Hippolyte n'est nommé que par une périphrase (”je laissais gémir la vertu soupçonnée”), comme si, jusqu'au bout, Phèdre redoutait, en prononçant son nom, de redonner à la passion une force qui l'empêche de poursuivre.

Le choix du poison comme agent...
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