Synge, dramaturge irlandais

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  • Publié le : 30 mars 2011
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Introduction :
Après une longue et difficile élaboration, et un grand retard, quand Le Baladin du monde occidental fut enfin présenté à l’Abbey Theatre de Dublin, le samedi 26 janvier 1907, le public se mit à huer la pièce aux mots : « what’d care if you brought me a drift of chosen females, standing in their shifts itself » si bien que le reste de la pièce doit être joué en « dumb show »,mimée. Le même vacarme continua les nuits suivantes, mais l’équipe de l’Abbey Theatre tint à jouer toutes les représentations prévues et ainsi cette semaine, les journaux de Dublin furent marqués par ce qui fut appelé « The Playboy riots », les émeutes du Baladin. L’Ombre de la vallée ne fut pas bien accueillie comme La Noce des rétameurs et Cavaliers de la mer. Évidemment pour une si courte pièce, laréaction du public à L’Ombre de la vallée fut moindre, mais il est remarquable que la réponse des critiques ressemble beaucoup à l’assaut contre le Playboy dans les journaux dublinois. La réaction du public a intrigué de nombreux critiques ; en effet ce qui a pu choquer les spectateurs de l’époque de façon si unanime apparaît beaucoup moins clairement aux spectateurs d’aujourd’hui.
La premièreréponse qui fut donnée est d’ordre politique.De nombreux critiques ont conclu que ces scènes eurent lieu car Synge ne répondait pas à ce qu’attendaient les spectateurs en venant à L’Abbey Theatre. En effet, depuis 1905 Synge était l’un des directeurs de L’Abbey Theatre au côté de Yeats et Lady Gregory. Ce théâtre devait représenter les pièces jouées par des acteurs irlandais et écrites par des auteursirlandais qu’ils avaient encouragés depuis la fondation de L’Irish National Theatre Society. Ce groupe voulait promouvoir un théâtre proprement irlandais face aux autres théâtres de Dublin qui jouaient en grande majorité des œuvres anglaises. Mais il s’agissait aussi pour de nombreux membres de donner une image favorable de l’Irlandais face à l’envahisseur anglais. Les pièces de Synge furentécrites entre la lutte parlementaire de Parnell et le soulèvement de Patrick Pearse de 1916 ; un des dramaturges favoris de l’Abbey, Douglas Hyde, était aussi le fondateur de la Gaelic League ; le théâtre devait pour beaucoup jouer un rôle dans la propagande nationaliste. Or si Synge montre bien des Irlandais authentiques, il est difficile de les qualifier d’Irlandais exemplaires. Les critiques del’époque se sont donc offusqués de leur grossièreté et de leur violence qui non seulement n’idéalisent pas les paysans irlandais mais selon eux déforment la réalité. Selon eux, le mot « shift » déclencha le vacarme car de nombreux spectateurs savaient que ce mot n’aurait jamais été employé par des paysans. La critique des Irlandais était d’autant plus impardonnable à Synge qu’aux yeux du peuple irlandaisil ne fut jamais vraiment considéré comme un des leurs. En effet il appartenait à l’« Ascendency », la classe supérieure protestante qui était associée aux Anglais. Qui plus est, il ne se moquait pas des citadins comme O’Casey, mais des paysans, un peu à la manière dont les Anglais eux-mêmes avaient l’habitude de représenter les Irlandais sur scène (« the stage Irish-man »), alors que Yeats et lesautres dramaturges joués à l’Abbey s’efforçaient de les magnifier.
Même si le terme « riot » amplifie la réalité des événements de l’Abbey Theatre, il est vrai qu’un tel tumulte était exceptionnel et le sentiment d’offense nationaliste n’explique peut-être pas complètement cette réaction. La comédie, Le Puit des saints, dans laquelle les personnages sont tout aussi grossiers et vils n’ad’ailleurs pas provoqué le même rejet que le Playboy, ou même que Shadow. Les spectateurs se sont effectivement trouvés face à quelque chose d’inattendu, mais qui ne se réduit pas à l’irrévérence de Synge face au paysans. Avec le Playboy, mais aussi déjà avec Shadow de façon moins perceptible, Synge a apporté une nouveauté à la scène : une brutalité (à la fois violence et crudité), quasiment...
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