Sysiphe

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  • Publié le : 30 octobre 2009
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Publié en 1942, ce premier essai philosophique prend comme paradigme (exemple qui sert à construire une théorie) le mythe grec de Sisyphe. Les dieux avaient condamné Sisyphe à rouler sans cesse un rocher jusqu'au sommet d'une montagne d'où la pierre retombait par son propre poids. Ils avaient pensé avec quelque raison qu'il n'est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sansespoir. Camus se sert du mythe pour décrire l'attitude de l'homme confronté à l'absurdité de la condition humaine : toute vie, sortie du néant, n'est destinée qu'à retourner au néant. Comment donner du sens à la vie dès lors qu'on a pris conscience de l'absurdité de toute vie ? A. Camus passera en revue plusieurs modèles d'existence : le suicidaire et le croyant, qui cherchent à échapper à l'absurde(l'un par le « grand saut », l'autre en se livrant à une cause, une valeur absolue) ; puis le « héros de l'absurde » et le révolté, qui seuls affrontent l'absurdité de l'existence, le premier en s'y complaisant (don Juan), l'autre en l'affrontant.

Extrait 1.


« Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'êtrevécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie. Le reste, si le monde a trois dimensions, si l'esprit a neuf ou douze catégories, vient ensuite. Ce sont des jeux; il faut d'abord répondre. Et s'il est vrai, comme le veut Nieztzsche, qu'un philosophe, pour être estimable, doit prêcher d'exemple, on saisit l'importance de cette réponse puisqu'elle va précéder le geste décisif. Ce sontlà des évidences sensibles au coeur, mais il faut les approfondir pour les rendre claires à l'esprit.
Si je demande à quoi juger que telle question est plus pressante que telle autre, je réponds que c'est aux actions qu'elle engage. Je n'ai jamais vu personne mourir pour l'argument ontologique. Galilée, qui tenait une vérité scientifique d'importance, l'abjura le plus aisément du monde dèsqu'elle mit sa vie en péril. Dans un certain sens, il fit bien. Cette vérité ne valait pas la peine du bûcher. Qui de la terre ou du soleil tourne autour de l'autre, cela est profondément indifférent. Pour tout dire, c'est une question futile. En revanche, je vois que beaucoup de gens meurent parce qu'ils estiment que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue. J'en vois d'autres qui se fontparadoxalement tuer pour les idées ou les illusions qui leur donnent une raison de vivre (ce qu'on appelle une raison de vivre est en même temps une excellente raison de mourir). Je juge donc que le sens de la vie est la plus pressante des questions. »

Questions.
(données en classe).

Extrait 2.
« (...) L'une des seules positions philosophiques cohérentes, c'est ainsi la révolte. Elle est unconfrontement perpétuel de l'homme et de sa propre obscurité. Elle est exigence d'une impossible transparence. Elle remet le monde en question à chacune de ses secondes. De même que le danger fournit à l'homme l'irremplaçable occasion de la saisir, de même la révolte métaphysique étend la conscience tout le long de l'expérience. Elle est cette présence constante de l'homme à lui-même. Elle n'est pasaspiration, elle est sans espoir. Cette révolte n'est que l'assurance d'un destin écrasant, moins la résignation qui devrait l'accompagner.
C'est ici qu'on voit à quel point l'expérience absurde s'éloigne du suicide. On peut croire que le suicide suit la révolte. Mais à tort. Car il ne figure pas son aboutissement logique. Il est exactement son contraire, par le consentement qu'il suppose. Le suicide,comme le saut, est l'acceptation à sa limite. Tout est consommé, l'homme rentre dans son histoire essentielle. Son avenir, son seul et terrible avenir, il le discerne et s'y précipite. A sa manière, le suicide résout l'absurde. Il l'entraîne dans la même mort. Mais je sais que pour se maintenir, l'absurde ne peut se résoudre. Il échappe au suicide, dans la mesure où il est en même temps...
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