Tartuffe

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  • Publié le : 5 avril 2010
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TARTUFFE
Cléante
Je ne suis point, mon frère, un docteur révéré,
Et le savoir chez moi n’est pas tout retiré ;
Mais, en un mot, je sais, pour toute ma science,
Du faux avec le vrai faire la différence ;
355Et comme je ne vois nul genre de héros
Qui soient plus à priser que les parfaits dévots,
Aucune chose au monde et plus noble et plus belle
Que la sainte ferveur d’un véritable zèle,Aussi ne vois-je rien qui soit plus odieux
360Que le dehors plâtré d’un zèle spécieux,
Que ces francs charlatans, que ces dévots de place
De qui la sacrilège et trompeuse grimace
Abuse impunément et se joue, à leur gré
De ce qu’ont les mortels de plus saint et sacré ;
365Ces gens qui, par une âme à l’intérêt soumise,
Font de dévotion métier et marchandise,
Et veulent acheter crédit etdignités
À prix de faux clins d’yeux et d’élans affectés ;
Ces gens, dis-je, qu’on voit d’une ardeur non commune
370Par le chemin du Ciel courir à leur fortune ;
Qui, brûlants et priants, demandent chaque jour
Et prêchent la retraite au milieu de la cour ;
Qui savent ajuster leur zèle avec leurs vices,
Sont prompts, vindicatifs, sans foi, pleins d’artifices,
375Et, pour perdre quelqu’uncouvrent insolemment
De l’intérêt du Ciel leur fier ressentiment ;
D’autant plus dangereux dans leur âpre colère
Qu’ils prennent contre nous des armes qu’on révère,
Et que leur passion, dont on leur sait bon gré,
380Veut nous assassiner avec un fer sacré.
De ce faux caractère on en voit trop paraître :
Mais les dévots de cœur sont aisés à connaître.
Notre siècle, mon frère, en expose à nos yeuxQui peuvent nous servir d’exemples glorieux.
385Regardez Ariston, regardez Périandre,
Oronte, Alcidamas, Polydore, Clitandre :
Ce titre par aucun ne leur est débattu :
Ce ne sont point du tout fanfarons de vertu,
On ne voit point en eux ce faste insupportable,
390Et leur dévotion est humaine, est traitable,
Ils ne censurent point toutes nos actions :
Ils trouvent trop d’orgueil dans cescorrections,
Et laissant la fierté des paroles aux autres,
C’est par leurs actions qu’ils reprennent les nôtres.
395L’apparence du mal a chez eux peu d’appui,
Et leur âme est portée à juger bien d’autrui.
Point de cabale en eux, point d’intrigues à suivre ;
On les voit, pour tous soins, se mêler de bien vivre.
Jamais contre un pécheur ils n’ont d’acharnement :
400Ils attachent leur haine aupéché seulement
Et ne veulent point prendre avec un zèle extrême
Les intérêts du Ciel plus qu’il ne veut lui-même.
Voilà mes gens, voilà comme il en faut user,
Voilà l’exemple enfin qu’il se faut proposer.
405Votre homme, à dire vrai, n’est pas de ce modèle.
C’est de fort bonne foi que vous vantez son zèle,
Mais par un faux éclat je vous crois ébloui
LA COLONIE
MONSIEUR SORBIN, arrêtantMadame Sorbin.
Ah ! je vous trouve donc, Madame Sorbin, je vous cherchais.
ARTHÉNICE
Finissez avec lui ; je vous reviens prendre dans le moment.
MONSIEUR SORBIN, à Madame Sorbin.
Vraiment, je suis très charmé de vous voir, et vos déportements sont tout à fait divertissants.
MADAME SORBIN
Oui, vous font-ils plaisir, Monsieur Sorbin ? Tant mieux, je n'en suis encore qu'au préambule.
MONSIEURSORBIN
Vous avez dit à ce garçon que vous ne prétendiez plus fréquenter les gens de son étoffe ; apprenez-nous un peu la raison que vous entendez par là.
MADAME SORBIN
Oui-da, j'entends tout ce qui vous ressemble, Monsieur Sorbin.
MONSIEUR SORBIN
Comment dites-vous cela, Madame la cornette ?
MADAME SORBIN
Comme je le pense et comme cela tiendra, Monsieur le chapeau.
TIMAGÈNE
Doucement,Madame Sorbin ; sied-il bien à une femme aussi sensée que vous l'êtes de perdre jusque-là les égards qu'elle doit à son mari ?
MADAME SORBIN
À l'autre, avec son jargon d'homme ! C'est justement parce que je suis sensée que cela se passe ainsi. Vous dites que je lui dois, mais il me doit de même ; quand il me paiera, je le paierai, c'est de quoi je venais l'accuser exprès.
PERSINET
Eh bien,...
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