Tartuffe

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  • Publié le : 16 mai 2010
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Tartuffe, III, 3, v. 925-1000 (plan détaillé)
1. Un discours amoureux qui en soi n'a rien de ridicule... mais qui échoue.
1. En soi, le discours de Tartuffe est un "discours amoureux" classique :
1. vocabulaire mélioratif et hyperbolique ("les plus rares merveilles", "des beautés", "parfaite créature" ;
2. posture de suppliant que prend l'amoureux :omniprésence du "je", mais un "je" qui se dévalorise : "mon infirmité", "mon néant"... La dame, elle, est "souveraine", a entre ses mains le sort de l'amant (v. 960, marqué par un parallélisme et une antithèse ; le "malheur" de l'amant dépend du caprice de l'aimée : "s'il vous plaît")
3. récit des angoisses et des luttes vaines de l'amant pour résister à l'attraction de la dame (946-48et 976-978)
4. Enfin, invitation à l'amour partagé.
2. Un discours "classique" que l'on peut comparer à celui d'Aragon ou d'Eluard : les hyperboles de Tartuffe ne sont pas plus ridicules que celle de ces deux poètes : "un coeur se laisse prendre" / "je suis pris au filet des étoiles filantes" (Aragon), ou encore "Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu / c'est que tesyeux ne m'ont pas toujours vu" (Eluard)
3. Mais un discours qui échoue :
1. Se souvenir des conditions de représentation : Tartuffe est un gros homme, antipathique, et qui régit tout dans la maison ; un tel discours ne lui convient donc guère !
2. D'autre part, le lyrisme de Tartuffe se heurte à l'indifférence ironique d'Elmire : "la déclaration est tout àfait galante" (v. 961) : avec le vers précédent, on frôlait la tragédie ; Elmire ramène Tartuffe à une pure galanterie ("galante" = légère) ; une ironie qui fait suite à ses deux premières répliques, tout aussi ironiques : Elmire sait bien que Tartuffe aime beaucoup "les choses de la terre", et qu'il est sujet à des "désirs" fort peu célestes ! (Dorine, à l'acte précédent, a décrit son solideappétit... et Elmire est trop fine mouche pour ne pas avoir aperçu les "regards" et les "soupirs" éloquents du faux dévot (v. 979-980) !
2. Un faux dévot... et un vrai sensuel : l'hypocrite tombe le masque.
1. Tartuffe ne peut se défaire de son masque, et de ses habitudes langagières ; d'où un mélange comique de galanterie et de vocabulaire religieux :
1. Un premier quatrain(v. 933-936) d'inspiration mi-chrétienne, mi platonicienne : en admirant et en aimant une créature, c'est au Créateur que l'on rend hommage (ou, chez Platon, à l'Idée de la Beauté : cf. Le Banquet) manière un peu audacieuse de concilier sa foi, ses vœux de chasteté [Tartuffe n'est certes pas un prêtre ni un moine ; il n'a pas prononcé de vœux au sens strict du terme ; mais la morale la plusélémentaire réprouve que l'on coure après la femme de son meilleur ami et protecteur...] ; il use de toutes les ressources de la casuistique pour se justifier : v. 945 sqq, il répond à une objection possible qui verrait dans un tel amour l'œuvre du Malin, et il "peut l'ajuster avec la pudeur" : il développera plus loin cette idée : tout le mal n'est que dans l'apparence... Deux ans plus tard, Dom Juan,converti sur le tard à l'hypocrisie, voudra lui aussi "se divertir à petit bruit".
2. Le vocabulaire amoureux se mêle comiquement au vocabulaire religieux : "beautés éternelles", "Ciel", "salut", "confesse", "offrande", "béatitude", "tribulations", "dévotion", "autel"... Loin de sanctifier une passion profane, Tartuffe au contraire transfère au profane ses habitudes religieuses ! La foin'est-elle chez lui qu'un tic de langage ? Si les évocations religieuses existent aussi dans les discours amoureux non parodiques (cf. l'évocation de Marie chez Aragon), elles n'ont pas la même fonction ; elles agissent ici comme une véritable mécanique de langage, sans le moindre mysticisme.
3. Transfert comique de son rôle de directeur de conscience : il donne encore des...
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