Tartuffe

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  • Publié le : 17 mai 2010
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Et Tartuffe ?...
Orgon, Cléante, Dorine.
ORGON.
Ah ! mon frère, bonjour
CLÉANTE.
Je sortais, et j’ai joie à vous voir de retour.
La campagne à présent n’est pas beaucoup fleurie.
ORGON.
Dorine... Mon beau-frère, attendez, je vous prie :
Vous voulez bien souffrir, pour m’ôter de souci,
Que je m’informe un peu des nouvelles d’ici.
Tout s’est-il, ces deux jours, passé de bonne sorte ?Qu’est-ce qu’on fait céans ? comme est-ce qu’on s’y porte ?
DORINE.
Madame eut avant-hier la fièvre jusqu’au soir,
Avec un mal de tête étrange à concevoir.
ORGON.
Et Tartuffe ?
DORINE.
Tartuffe ? Il se porte à merveille,
Gros et gras, le teint frais, et la bouche vermeille.
ORGON.
Le pauvre homme !
DORINE.
Le soir, elle eut un grand dégoût,
Et ne put au souper toucher à rien du tout,Tant sa douleur de tête était encore cruelle !
ORGON.
Et Tartuffe ?
DORINE.
Il soupa, lui tout seul, devant elle,
Et fort dévotement il mangea deux perdrix,
Avec une moitié de gigot en hachis.
ORGON.
Le pauvre homme !
DORINE.
La nuit se passa toute entière
Sans qu’elle pût fermer un moment la paupière ;
Des chaleurs l’empêchaient de pouvoir sommeiller,
Et jusqu’au jour près d’elle ilnous fallut veiller.
ORGON.
Et Tartuffe ?
DORINE.
Pressé d’un sommeil agréable,
Il passa dans sa chambre au sortir de la table,
Et dans son lit bien chaud il se mit tout soudain,
Où sans trouble il dormit jusques au lendemain.
ORGON.
Le pauvre homme !
DORINE.
A la fin, par nos raisons gagnée,
Elle se résolut à souffrir la saignée,
Et le soulagement suivit tout aussitôt.
ORGON.
EtTartuffe ?
DORINE.
Il reprit courage comme il faut,
Et contre tous les maux fortifiant son âme,
Pour réparer le sang qu’avait perdu Madame,
But à son déjeuner quatre grands coups de vin.
ORGON.
Le pauvre homme !
DORINE.
Tous deux se portent bien enfin ;
Et je vais à Madame annoncer par avance
La part que vous prenez à sa convalescence.
Extrait de : Le Tartuffe, Acte I, scène 4

EtTartuffe ?
Commentaire composé
Introduction
Intro de l’intro
Présentation de l’extrait
Cette scène est l'avant-dernière du premier acte. Nous n'avons pas encore vu Tartuffe mais nous découvrons Orgon, qui revient de la campagne et s’enquiert auprès de sa servante de ce qui s’est passé chez lui pendant son absence. La scène est courte ; c’est essentiellement un dialogue entre Dorine et Orgon, devantCléante, le frère d’Orgon, qui assiste à cette scène domestique. Dorine décrit les souffrances d’Elmire (qui a souffert d’un grand mal de tête), tandis qu’Orgon y est indifférent, et ne se soucie que de son cher Tartuffe. Forme Le comique repose ici sur deux procédés radicalement différents : la monomanie hébétée d’Orgon, qui ne pense qu’à son saint homme, et l’ironie caustique de Dorine, quireflète et exprime celle de Molière.
Annonce du plan
Dans un premier temps, nous verrons comment la scène évolue selon un crescendo, commençant d’une manière apparemment neutre et finissant par une apothéose comique. Puis nous étudierons comment Molière, par l'intermédiaire de Dorine, brosse un portrait très satirique de Tartuffe. Et enfin nous intéresserons à la subtilité ironique de cette scèned'anthologie…
1. Un crescendo comique
a. La rencontre entre Orgon et son frère – Orgon prend des nouvelles
Orgon, personnage dont on a entendu parler, apparaît ici pour la première fois sur la scène. Il tombe sur son frère :
Cléante, alors qu’il allait sortir de la maison, tombe sur son frère Orgon, qui revient de la campagne :
ORGON.
Ah ! mon frère, bonjour
CLÉANTE.
Je sortais, et j’aijoie à vous voir de retour.
La campagne à présent n’est pas beaucoup fleurie.
A ce point de la scène, on s’attend logiquement à ce qu’Orgon réponde à son frère Cléante avec la même politesse et la même amabilité que lui. Mais ce n’est pas le cas :
ORGON.
Dorine... Mon beau-frère, attendez, je vous prie :
Vous voulez bien souffrir, pour m’ôter de souci,
Que je m’informe un peu des...
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