Taureau blanc

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  • Publié le : 27 novembre 2011
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"Tous ces contes-là m'ennuient, répondit la belle Amaside, qui avait de l'esprit et du goût. Ils ne sont bons que pour être commentés chez les Irlandais par ce fou d'Abbadie, ou chez les Welches par ce phrasier d'Houteville. Les contes qu'on pouvait faire à la quadrisaïeule de la quadrisaïeule de ma grand-mère ne sont plus bons pour moi, qui ai été élevée par le sage Mambrès, et qui ai lul'Entendement humain du philosophe égyptien nommé Locke, et la Matrone d'Ephèse. Je veux qu'un conte soit fondé sur la vraisemblance, et qu'il ne ressemble pas toujours à un rêve. Je désire qu'il n'ait rien de trivial ni d'extravagant. Je voudrais surtout que, sous le voile de la fable, il laissât entrevoir aux yeux exercés quelque vérité fine qui échappe au vulgaire. Je suis lasse du soleil et de lalune dont une vieille dispose à son gré, et des montagnes qui dansent, et des fleuves qui remontent à leur source, et des morts qui ressuscitent; mais surtout quand ces fadaises sont écrites d'un style ampoulé et inintelligible, cela me dégoûte horriblement. Vous sentez qu'une fille qui craint de voir avaler son amant par un gros poisson, et d'avoir elle-même le cou coupé par son propre père, abesoin d'être amusée; mais tâchez de m'amuser selon mon goût.
- Vous m'imposez là une tâche bien difficile, répondit le serpent. J'aurais pu autrefois vous faire passer quelques quarts d'heure assez agréables; mais j'ai perdu depuis quelque temps l'imagination et la mémoire. Hélas! où est le temps où j'amusais les filles? Voyons cependant si je pourrai me souvenir de quelque conte moral pour vousplaire.
"Il y a vingt-cinq mille ans que le roi Gnaof et la reine Patra étaient sur le trône de Thèbes aux cent portes. Le roi Gnaof était fort beau, et la reine Patra encore plus belle; mais ils ne pouvaient avoir d'enfants. Le roi Gnaof proposa un prix pour celui qui enseignerait la meilleure méthode de perpétuer la race royale.
La faculté de médecine et l'académie de chirurgie firent d'excellentstraités sur cette question importante: pas un ne réussit. On envoya la reine aux eaux; elle fit des neuvaines; elle donna beaucoup d'argent au temple de Jupiter Ammon, dont vient le sel ammoniaque: tout fut inutile. Enfin un jeune prêtre de vingt-cinq ans se présenta au roi, et lui dit: "Sire, je crois savoir faire la conjuration qui opère ce que Votre Majesté désire avec tant d'ardeur. Il fautque je parle en secret à l'oreille de madame votre femme; et, si elle ne devient féconde, je consens d'être pendu. - J'accepte votre proposition", dit le roi Gnaof. On ne laissa la reine et le prêtre qu'un quart d'heure ensemble. La reine devint grosse, et le roi voulut faire pendre le prêtre.
- Mon Dieu! dit la princesse, je vois où cela mène: ce conte est trop commun; je vous dirai même qu'ilalarme ma pudeur. Contez-moi quelque fable bien vraie, avérée et bien morale, dont je n'aie jamais entendu parler, pour achever de me former l'esprit et le cœur, comme dit le professeur égyptien Linro.
- En voici une, madame, dit le beau serpent, qui est des plus authentiques.
"Il y avait trois prophètes, tous trois également ambitieux et dégoûtés de leur état. Leur folie était de vouloir êtrerois: car il n'y a qu'un pas du rang de prophète à celui de monarque, et l'homme aspire toujours à monter tous les degrés de l'échelle de la fortune. D'ailleurs leurs goûts, leurs plaisirs, étaient absolument différents. Le premier prêchait admirablement ses frères assemblés, qui lui battaient des mains; le second était fou de la musique, et le troisième aimait passionnément les filles. L'angeIturiel vint se présenter à eux, un jour qu'ils étaient à table, et qu'ils s'entretenaient des douceurs de la royauté.
Le maître des choses, leur dit l'ange, m'envoie vers vous pour récompenser votre vertu. Non seulement vous serez rois, mais vous satisferez continuellement vos passions dominantes. Vous, premier prophète, je vous fais roi d'Egypte, et vous tiendrez toujours votre conseil, qui...
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