Technique

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  • Publié le : 27 décembre 2010
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Quatre définitions contemporaines de la Technique, commentées :

J'extrais la première du Manuel d'Ethnographie de Marcel Mauss (1947), avec deux ajouts : Une technique [élémentaire] est un acte traditionnel [on veut dire acquis et routinier] visant à produire un effet mécanique, physique ou chimique, connu comme tel et répétable à volonté.
J'emprunte la seconde à Jean-Yves Goffi (dansPhilosophie de la technique, 1988), qui écrit : Nous dirons d'une activité, visible ou invisible, essentiellement sociale, donc acquise, qui a pour effet d'établir entre l'homme et son milieu une barrière protectrice, et qui s'organise en système avec des activités de même nature, que c'est une activité technique.
Ecoutons maintenant Max Weber, dans un de ses derniers essais : La technique d'uneactivité est, dans notre esprit, la somme des moyens nécessaires à son exercice, par opposition au sens [Sinn] ou au but [Zweck] de l'activité qui, en dernière analyse, en détermine l'orientation...
Je finis en citant André Lebeau (dans L'engrenage de la technique, 2006), qui s'y prend en deux temps: Un acte technique est l'activité d'un organisme vivant qui crée, dans son environnement, unestructure – ou une forme -, distincte de l'organisme, et avec laquelle il établit une relation d'usage. La technique est l'ensemble de ces actes techniques et des artefacts qu'ils engendrent.

 Goffi condense quatre ou cinq caractéristiques dans sa phrase. La précision sur les techniques « invisibles » est intéressante; elle indique que toute technique n'est pas de production (de quelque chosed'extérieur) : pensons à des techniques de calcul mental ou à une pensée algorithmique. La qualification par la « barrière protectrice » est trop réductrice. A-t-elle même une pertinence pour les premières techniques ?
 Dans les termes de Weber, la technique n'est pas une activité à côté d'autres. A la limite, toute activité humaine a ses techniques (pour lui, la prière a ses techniques). On saitaussi qu'une technique peut être commune à plusieurs activités. Le reproche que l'on peut faire à Weber, ici, est de donner trop d'extension à « technique » au point d'en diluer la détermination. Et l'on est pas toujours bien inspiré de s'en remettre à cette vieille distinction des moyens et des fins qui est le pivot de sa définition.
 Chez Lebeau, la définition sous-entend que la techniquen'est pas le propre de l'homme; c'est une stratégie du vivant dont on peut donner, d'ailleurs, maintes illustrations, des Arthropodes aux Vertébrés. K.Marx ferait fausse route dans son célèbre texte sur l'abeille et l'architecte. (Voulant départager leurs réalisations principalement sur l'intention, alors que celle-ci n'est pas un phénomène observable ).
Lebeau rejoindrait Mauss en ce qui concerne laprévisibilité des effets et leur caractère reproductible. La répétitivité du geste technique implique l'existence d'une mémoire attachée à l'individu. Trois types de mémoires ont dû intervenir dans l'évolution des techniques :
une mémoire génétique, une neuronale, une exosomatique (la production et l'expansion de cette dernière sont propres à la technique humaine).
 Aucun de ces auteurs nelie la/les technique(s) et la/les science(s) dans sa définition. A juste titre. Si l'on trouve des techniques dans toutes les sociétés, quel qu'en soit l'âge, cela signifie qu'elles précèdent les sciences et n'y sont aucunement subordonnées; inversement il n'y a pas de nécessité qu'une science naisse d'une technique (à moins de donner à « science » une acception très large, dans le style de Valéry,volontiers provocateur : la science serait l'ensemble des recettes qui marchent toujours.
 Dans les sociétés de niveau technique élémentaire, il est parfois malaisé (pour l'acteur, comme pour l'observateur-ethnologue d'ailleurs) de faire la part entre l'efficacité symbolique et l'efficience réelle, autrement dit de distinguer les techniques des rituels. Prenons le cas d'un chasseur amazonien...
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