Terroir

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  • Publié le : 5 octobre 2010
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LA LITTÉRATURE DU TERROIR
Pendant plus de cent ans, la majorité des écrits littéraires publiés au Québec s'inscrivent dans le courant du terroir. Le mouvement s'amorce en 1846 avec La Terre paternelle de Patrice Lacombe et s'achève en 1945 avec Le Survenant. Il sera particulièrement dominant dans les premières décennies du XXe siècle. Camille Roy en sera le plus ardent promoteur. Il y voit unefaçon de nationaliser la littérature. C'est en essayant de se donner un cachet canadien-français que notre littérature pourra se démarquer des autres littératures. Les «Exotiques» essaieront, tant bien que mal, de s'opposer à cette vision trop régionaliste de la littérature.

Retour des champs (1903) de Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté (Musée des Beaux-Arts du Canada)
La littérature du terroirsort en ligne droite de l'idéologie de conservation. De 1840 à 1930, la population augmente très rapidement (la revanche des berceaux). Comme les infrastructures industrielles sont presque inexistantes et qu'elles appartiennent aux anglophones, il ne reste que l'agriculture pour accueillir les jeunes Canadiens français. Rapidement, toutes les bonnes terres sont occupées. On s'enfonce de plus en plusdans l'arrière-pays, on colonise des terres de moins en moins productives. Certains se découragent. De 700 000 à 900 000 Canadiens français iront chercher un meilleur sort aux États-Unis. Les dirigeants et le clergé comprennent qu'il faut arrêter l'hémorragie, que la survie de la nation en dépend.

Les auteurs du terroir vont contribuer à cette double tâche : garder les Canadiens français auQuébec et sur des terres. Ils vont écrire des romans à thèse (des romans qui défendent une idée) dans lesquels on démontre que la vie paysanne est supérieure à toutes les autres. «C'est là [...] le moyen le plus sûr d'accroître la prospérité générale tout en assurant le bien-être des individus...» (Jean Rivard, le défricheur, 1862) Déjà certains titres de roman sont assez évocateurs : Restons cheznous (1908) et L'Appel de la terre (1919) de Damase Potvin, La Terre vivante (1925) de Harry Bernard, La Terre que l'on défend (1928) de Henri Lapointe, La Terre ancestrale (1933) de Louis-Philippe Côté... Les personnages qui optent pour un autre mode de vie, qui manquent à leur devoir, seront considérés comme des traîtres et connaîtront différents déboires. Dans Le Déserteur (1934) de Claude-HenriGrignon, Isidore Dubras, après avoir vendu sa terre pour s'installer en ville, devient alcoolique, meurtrier et finit en prison! Quelques auteurs n'hésiteront pas à interrompre le récit pour discourir sur l'importance de l'agriculture (voir l'extrait de Gérin-Lajoie), pour dénoncer, statistiques à l'appui, l'émigration aux États-Unis (dans Restons chez nous, Damase Potvin interrompt son récitpendant 29 pages!)... Le message doit être bien compris!



Selon Réjean Robidoux et André Renaud, le but des auteurs est facilement identifiable et leur démarche toujours un peu semblable. Il s'agit d'(e):

1. «émouvoir le lecteur par la représentation d'une vie ardue mais libre»;
2. «l'effrayer en lui racontant les dangers de l'exil ou ceux de l'industrialisation»;
3. «le convaincreque l'avenir de la race dépend de la réponse des Canadiens français à leur vocation historique de colonisateur et de paysans.» (RENAUD-ROBIDOUX, p. 26)

Il faut le dire, la morale qui se dégage de ces romans est assez simpliste : restons sur nos terres, loin des «méchants» Anglais, près de nos églises. Dans les pires cas, l'intrigue ressemble à ceci. Un paysan et sa nombreuse famille vivent enharmonie sur la terre ancestrale. Tout le monde travaille et la terre récompense généreusement leur dur labeur. Le bien et la famille s'agrandissent, notre paysan mérite l'estime de ses congénères et de monsieur le curé. Le drame éclate lorsqu'un des fils décide de faire faux bond : il part en ville (pire encore, il émigre aux États-Unis). En ville, le sort s'acharne sur lui : maladie, accident,...
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