Texte balzac

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  • Publié le : 24 mars 2011
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Texte 15 : Balzac, Le Lys dans la vallée (1835)



Félix de Vandenesse écrit à la femme qu’il aime, Natalie de Manerville, pour lui dévoiler son passé comme elle le lui a demandé. Il expose ainsi les circonstances dans lesquelles il a pu revoir, dans la vallée de l’Indre, en Touraine, la première femme qu’il a aimée, Henriette de Mortsauf, femme mariée et plus âgée que lui, avec qui ilentretiendra une relation platonique.



L’amour infini, sans autre aliment qu’un objet à peine entrevu dont mon âme était remplie, je le trouvais exprimé par ce long ruban d’eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d’amour, par les bois de chênes qui s’avancent entre les vignobles sur des coteaux que la rivièrearrondit toujours différemment, et par ces horizons estompés qui fuient en se contrariant. Si vous voulez voir la nature belle et vierge comme une fiancée, allez là par un jour de printemps ; si vous voulez calmer les plaies saignantes de votre cœur, revenez-y par les derniers jours de l’automne ; au printemps, l’amour y bat des ailes à plein ciel, en automne on y songe à ceux qui ne sont plus. Lepoumon malade y respire une bienfaisante fraîcheur, la vue s’y repose sur des touffes dorées qui communiquent à l’âme leurs paisibles douceurs. En ce moment, les moulins situés sur les chutes de l’Indre donnaient une voix à cette vallée frémissante, les peupliers se balançaient en riant, pas un nuage au ciel, les oiseaux chantaient, les cigales criaient, tout y était mélodie. Ne me demandez pluspourquoi j’aime la Touraine ? je ne l’aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert ; je l’aime comme un artiste aime l’art ; je l’aime moins que je ne vous aime, mais sans la Touraine, peut-être ne vivrais-je plus.





Questions d’observation :



1/ À qui renvoie le vous ? Pourquoi le narrateur y a-t-il recours ?

Puisqu’il s’agit d’un romanépistolaire, le vous désigne logiquement le destinataire de la longue lettre de Félix, soit Natalie de Manerville. Le vouvoiement, plutôt que le tutoiement, s’explique par le fait qu’il s’agit d’un roman du XIXème siècle, les amants ne se tutoyant, à l’époque, que dans l’intimité la plus stricte.

On peut également voir dans ce vous un référent plus général (vous = on), notamment dans l’énoncé « Si vousvoulez voir la nature belle et vierge comme une fiancée, allez là par un jour de printemps ; si vous voulez calmer les plaies saignantes de votre cœur, revenez-y par les derniers jours de l’automne ».



2/ Justifiez le passage du passé au présent.

Le passage du passé (« je le trouvais exprimé ») au présent (« par ce long ruban d’eau qui ruisselle ») est lié au statut du passage, et à lavaleur particulière du présent dans ce cas : il s’agit de la description d’un paysage en quelque sorte atemporel, présenté à la manière d’un tableau (« au printemps, l’amour y bat des ailes à plein ciel, en automne on y songe à ceux qui ne sont plus. Le poumon malade y respire une bienfaisante fraîcheur, la vue s’y repose sur des touffes dorées qui communiquent à l’âme leurs paisibles douceurs.»). Cette valeur particulière est celle du présent scénique qui, donc, pose un décor sans l’ancrer réellement dans une temporalité, puisqu’un paysage échappe au temps.

Mais cette valeur scénique du présent a en outre, dans ce passage précis, une autre interprétation : si la description se fait au présent, c’est que le souvenir de ce paysage est pour le narrateur encore très vivace, très actuel.D’où le passage, à la fin du texte, au présent de l’instance d’énonciation, qui explicite le rapport entre le narrateur et son passé : « Ne me demandez plus pourquoi j’aime la Touraine ? je ne l’aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert ; je l’aime comme un artiste aime l’art ; je l’aime moins que je ne vous aime, mais sans la Touraine, peut-être ne vivrais-je...
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