Texte sur classe sociale

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 25 (6019 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 17 février 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
La société et ses stratifications Groupes sociaux ou classes sociales ?
À partir des années 80, la représentation jusqu’alors prégnante d’une société française structurée en classes sociales s’est défaite, le discours politique mais aussi les travaux sociologiques mettant en avant les bouleversements opérés au sein du monde ouvrier, l’individualisation des comportements et des trajectoires, la «moyennisation » de la société, ou encore l’importance revêtue par les clivages identitaires. Serge Bosc conteste ou relativise ces évolutions et il considère comme encore pertinente la différenciation en classes. Mais il insiste par ailleurs sur l’ampleur des transformations que connaît la configuration sociale. C. F.

La société française et ses fractures Cahiers français n° 314 La société etses stratifications 40

Le refoulement des classes sociales
En l’espace de vingt ans, les classes sociales ont enregistré un net recul à la fois dans les sciences sociales, dans les discours politiques et, de façon plus difficilement mesurable, dans les représentations communes. À s’en tenir à la production sociologique, on peut opposer nettement les années 60-70, jusqu’au début des années 80,et les deux décennies suivantes. Au cours des premières, les classes et les rapports de classe constituaient sinon un objet en soi, du moins un horizon privilégié. De nombreuses enquêtes portaient sur le groupe ouvrier et les luttes sociales, sur l’évolution de la condition ouvrière en termes de niveau de vie, et d’orientation culturelle. Parallèlement, des analyses pionnières étaient consacréesaux couches moyennes salariées et les revues sociologiques débattaient de la

place des classes moyennes dans la structure sociale (1). Les classes supérieures et leurs mutations étaient également l’objet de travaux importants (2). Passé le milieu des années 80, le changement de décor est brutal. L’objet classes semble s’être évanoui. Les quelques textes consacrés aux classes sociales tournentautour de leur effritement, de leur effacement ou de leur fin que ce soit pour illustrer cette thèse, pour la relativiser ou pour la récuser (3). Ces thématiques sont associées tour à tour avec celles de la moyennisation, de l’individualisation des trajectoires, de l’exclusion (cf. infra). Parallèlement les centres d’intérêt se déplacent : à la sociologie du travail, qui mettait l’accent sur lesgroupes ouvriers et employés, se substitue une sociologie des professions (médecins, architectes) ou de groupes professionnels délimités (enseignants, infirmières, ingénieurs) ; plutôt que les clivages de classes, on prend pour objets les rapports de genre, les clivages d’âge et tout ce qui a trait à l’immigration. Ce n’est que récemment qu’un certain nombre de publications (textes analytiques,enquêtes de terrain, ouvrages de synthèse) ont opéré un retour frontal sur les classes sociales (4). Les transformations de la scène sociale et politique ne sont assurément pas étrangères à ce refoulement et à ces déplacements. La crise et les restructurations économiques, le sous-emploi et la précarisation, la baisse de la conflictualité sociale, la massification scolaire, les transformations de lacondition féminine, le passage de l’immigration de travail à l’immigration d’installation, etc., autant de changements de taille qui nous éloignent du paysage social des Trente Glorieuses. Pour autant, ces transformations et ces mutations ne peuvent à elles seules expliquer un tel changement dans les approches. Déclin du marxisme ? obsolescence d’une sociologie globalisante ? crise des paradigmes «agonistiques » ? focalisation sur les constructions individuelles et micro-interactionnistes ?… On n’abordera pas ici ces questions et ces controverses. Par contre, une question centrale est posée : peut-on traiter des groupes sociaux sans faire référence à la configuration sociale d’ensemble – ou, pour reprendre l’expression de Pierre Bourdieu, à l’espace social, c’està-dire au système des...
tracking img