Texte voltaire

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  • Publié le : 6 novembre 2010
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Article FANATISME     Le fanatisme est à la superstition ce que le transport (1) est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour desréalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un enthousiaste; celui qui soutient sa folie par le meurtre est un fanatique. Jean Diaz, retiré à Nuremberg, qui était fermement convaincu que lepape est l'Antéchrist (2) de l'Apocalypse, et qu'il a le signe de la bête (3), n'était qu'un enthousiaste; son frère, Barthélemy Diaz, qui partit de Rome pour aller assassiner saintement son frère,et qui le tua en effet pour l'amour de Dieu, était un des plus abominables fanatiques que la superstition ait pu jamais former.    Polyeucte (4) qui va au temple, dans un jour de solennité, renverseret casser les statues et les ornements, est un fanatique moins horrible que Diaz, mais non moins sot. Les assassins du duc François de Guise, de Guillaume, prince d'Orange, du roi Henri III, du roiHenri IV, et de tant d'autres, étaient des énergumènes malades de la même rage que Diaz.    Le plus détestable exemple de fanatisme est celui des bourgeois de Paris qui coururent assassiner, égorger,jeter par les fenêtres, mettre en pièces, la nuit de la Saint-Barthélemy, leurs concitoyens qui n'allaient point à la messe.    Il y a des fanatiques de sang-froid: ce sont les juges qui condamnent à lamort ceux qui n'ont d'autre crime que de ne pas penser comme eux; et ces juges-là sont d'autant plus coupables, d'autant plus dignes de l'exécration du genre humain que, n'étant pas dans un accès defureur, comme les Clément, les Châtel, les Ravaillac, les Damiens (5), il semble qu'ils pourraient écouter la raison.    Lorsqu'une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presqueincurable. J'ai vu des convulsionnaires (6) qui, en parlant des miracles de saint Pâris, s'échauffaient par degrés malgré eux: leurs yeux s'enflammaient, leurs membres tremblaient, la fureur défigurait...
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