Théâtralité du roman les liaisons dangereuses

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Daniel-Henri PAGEAUX: LITTERATURE COMPAREE ET COMPARAISONS

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Vox Poetica

LITTERATURE COMPAREE ET COMPARAISONS
Les comparatistes entretiennent, me semble-t-il, avec la comparaison des rapports plutôt ambigus, voire conflictuels. Je plaide coupable. Qu'il me soit permis de citer les mots avec lesquels j'ouvre mon manuel La littérature générale et comparée(Paris, A. Colin, 1994) : Mais vous, les comparatistes, que comparez•vous ? À cette question, faussement naïve et vraiment malicieuse, le comparatiste se doit de répondre : rien. Mais peut-être ne faisais-je que mettre mes pas dans ceux de Jean-Marie Carré qui, dans sa préface à La littérature comparée (QSJ ? no 499, 1951) de Marius•Fr. Guyard, affirmait : La littérature comparée n'est pas lacomparaison littéraire. Il ne s'agit pas de transposer simplement sur le plan des littératures étrangères les parallèles des anciennes rhétoriques [ ... ] Nous n'aimons pas beaucoup à nous attarder aux ressemblances et différences entre Tennyson et Musset, Dickens et Daudet, etc. À l'inverse, d'autres verraient volontiers dans la comparaison non seulement le symbole de nos activités mais l'apothéose detoute véritable activité intellectuelle. Ainsi George Steiner (Passions impunies, Gallimard, 1997) dans un chapitre au titre suggestif « Lire en frontalier » consacré à la discipline, n'hésite pas à qualifier de « comparatif » « tout acte de recevoir une forme signifiante (langage, art, musique). « Faire neuf », injonction d'Ezra Pound, est « en sa logique et en sa substance [ ... ] comparative ». Lasimple affirmation de préférence est une « comparaison avec ». « Lire c'est comparer ». L’herméneutique placée sous l'autorité d'Hermès (sans que Michel Serres soit cité) est une « comparaison tacite. » Et pour faire bon poids :

Il se peut bien que les réflexes qui mettent en jeu la ressemblance et la dissemblance, l'analogie et le contraste, soient à la base de la psyché humaine et del'intelligibilité. Mais si l'on récuse la comparaison, que faut-il invoquer pour définir la discipline? JeanMarie Carré mettait en avant « l'étude des relations spirituelles internationales », les «
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rapports de fait » et j'ai pour ma part proposéune définition : Au départ, la littérature comparée procède d'une prise de conscience, donc d'une problématisation, de la dimension étrangère dans un texte, chez un écrivain, dans une culture. À mes yeux, en effet, la question de l'altérité est constitutive de la discipline ; elle lui est même consubstantielle, N'y aurait-il pas deux entrées possibles pour une discipline changée en Janus bifrons :la comparaison et la dimension étrangère ? Il conviendrait peut-être de réfléchir sur notre ou nos pratiques, sur l'acte comparatiste qui est prioritairement lecture, lecture comparatiste ou mieux comparante, pour parvenir peutêtre à quelques mises au point bénéfiques et salutaires. Pour rendre compte de nos pratiques, je me propose d'en dresser successivement, mais avec une inégale attention,l'archéologie, l'anatomie, la typologie, la théorie et possiblement la philosophie. I C'est par un exemple quelque peu inhabituel par rapport au stock de noms rituellement avancés pour montrer qui étaient nos ancêtres les comparatistes que je voudrais commencer. Dans ses Nuits attiques (X, Ill), le grammairien et polygraphe Aulu Gelle se livre à une « étude comparée » de quelques « passages célèbres,tirés des discours de C. Gracchus, de Cicéron et de M. Caton ». Ce qui m'intéresse est la façon dont l'exercice de comparaison est amené, défini. Curieusement, deux mots sont nécessaires pour la définition : « Locorum quorumdam illustrium collatio contentioque facta ex orationibus C. Gracchi, M. Ciceronis et M. Catonis. » Pour comparer, Aulu Gelle a dû d'abord assembler (conferre, collatum) et...