Théâtre et affrontements

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  • Publié le : 3 mai 2009
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Un critique littéraire définit le théâtre comme le lieu privilégié du conflit et de l'affrontement. Dans cette citation, l'auteur met en rapport le théâtre et le fait d'argumenter. En effet, si le roman est uniquement destiné à la lecture, le théâtre, lui, permet la matérialisation des sentiments, l'immersion et l'identification des spectateurs aux personnages. La représentation théâtrale met enjeu l'expression scénique, et permet d'ajouter au texte initial une autre dimension, plus lyrique, qui concrétise émotions et sentiments.
Nous étudierons dans une première partie comment la scène, lieu d'une parole vivante, convient d'une façon efficace à l'opposition de deux points de vue, puis nous nous intéresserons dans un second temps à l'écriture théâtrale.

Le théâtre est le lieu parexcellence d'une parole vivante. Cette parole incarne souvent des points de vue opposés. En effet, les points de vue sont concrétisés et représentés par des personnages bien réels, ce qui permet au spectateur de visualiser un affrontement concret par le biais d'un face à face théâtral. Quand on regarde Antigone, on voit bien le fossé qui sépare Ismène et sa soeur : l'une, écorchée-vive, est prête àtout pour offrir une sépulture à son frère défunt, alors que l'autre, vivante et détâchée des histoires qui nourrissent l'esprit meurtri d'Antigone, ne fait rien et ne veut rien faire. On assiste ici à une opposition aussi morale que visuelle, qui joue sur les costumes, ou sur la mise en scène, comme dans la version de Jean Anouilh où il décide de placer Antigone, seule et éloignée au prologue.Cette sorte d'affrontement est fréquente au théâtre, où le conflit peut prendre plusieurs formes : la violence peut être morale, physique ou verbale, comme dans Retour au désert de Bernard-Marie Koltès. Mathilde, revenue d'Algérie pour récupérer son bien va s'opposer à Adrien, son frère, dans un dialogue extrêmement violent : Adrien à plusieurs reprises assaille Mathilde de mots frappants : "Cela aumoins, ne le salis pas", "on te cracherait au visage et on t'enfermerait dans une pièce secrète", mais cette violence verbale n'est pas la seule. Tout au long de ce dialogue, Aziz et Edouard, respectivement homme de ménage et enfant de Mathilde tentent de séparer les deux opposants, qui se détachent. Ce jeu de scène donne comme une impression de coups, de bataille entre les deux personnages, cequi contribue à l'impression d'un affrontement des points de vue incarnés par les deux individus.

Si au théâtre, la parole est vivante, on peut en dire la même chose des coups de théâtre. Dans Ruy Blas, le rebondissement est très concret : en effet, Ruy Blas tombe de la cheminée, chose à quoi le spectateur ne s'attend pas, que ce soit au niveau de Ruy Blas en lui même, mais aussi de sa chute. Lareprésentation théâtrale permet donc une fois de plus de matérialiser le texte et les didascalies, et en quelque sorte de les faire vivre. Le retour est un thème essentiel, et est en règle générale le support d'un coup de théâtre. Que ce soit celui de Mathilde dans Retour au désert, ou de Thésée dans Phèdre, ils consistent tous en un rebondissement qui va faire avancer l'action et l'intrigue dumême coup. Lorsqu'Hippolyte tente de détromper Thésée quant à son possible amour pour Phèdre, l'affrontement se termine sur la colère du père qui bannit son fils et le voue à la colère de Neptune. La mort supposée de Thésée avait adoucit les tensions, mais son retour a finalement tout renversé et débouché sur un affrontement des plus violents. Le jeu de scène offre à la pièce une envergure nonnégligeable, qui s'oppose totalement à ce qu'on pourrait imaginer lors de la lecture d'une pièce. L'effet visuel est présent, et nous aide donc à bien faire la part des choses, c'est-à-dire à voir ce qui se passe concrètement.

Ces affrontements théâtraux sont renforcés par un autre élément : chaque personnage a sa propre histoire, et sa propre psychologie. Par exemple, Scapin, dans la pièce de...