Tiers-monde et tiers-mondisme

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  • Publié le : 19 mars 2011
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Nous parlons volontiers des deux mondes en présence, de leur guerre possible, de leur coexistence, oubliant trop souvent qu’il en existe un troisième, le plus important, et en somme, le premier dans la chronologie. (Sauvy, 1952)

Tiers-monde et tiers-mondisme: Émergence d’un mouvement et contexte sociohistorique
Parfois écrit avec des majuscules, des minuscules ou au pluriel, le mottiers-monde a aujourd’hui 60 ans (Liauzu, 2003). 1952 : l’expression tiers-monde apparait pour la première fois sous la plume d’Alfred Sauvy dans L’Observateur. Démographe français, il utilisa ce terme pour désigner les pays « n’appartenant pas au bloc occidental [capitaliste] ou au bloc de l’Est », et généralement, colonisés ou nouvellement décolonisés (Liauzu, 2003, 924). Ainsi, Sauvy établit paranalogie avec le Tiers État français de l’Ancien Régime, « composé des classes subalternes et incluant des groupes sociaux hétérogènes qui ont peu d’intérêts communs, à part celui de s’opposer au clergé et à la noblesse », la notion de tiers-monde, composé de pays aux itinéraires contrastés et qui ont des profils économiques et sociopolitiques fort divergents (Schaefer et al., 2008, 4).
Dans le contextegéopolitique bipolaire de la guerre froide, la notion de tiers-monde, souvent associé au sous-développement, est graduellement utilisée pour « définir l’ensemble des pays pauvres à l’échelle mondiale et se réfèrent à une lecture du monde politique [sous-entendant] une opposition ou une résistance du tiers-monde aux deux superpuissances (Schaefer et al., 2008, 4). » Shohat (2007) avance que leprojet tiers-mondiste se référait principalement aux mouvements anticoloniaux et de libération nationale des années 1950 aux années 1970, « ainsi qu’à l’analyse politico-économique des théories de la dépendance et du système-monde capitaliste (André Gunder Frank, Immanuel Wallerstein, Samir Amin). » Qui plus est, Hobsbawn (1999) souligne que pour le tiers-mondisme, l’émancipation de l’humanité seréaliserait par « la libération de la périphérie appauvrie, exploitée et condamnée à une dépendance forcée par les pays du centre », c’est-à-dire, comme le remarque Lacoste (1985), à l’instauration d’un nouvel ordre économique mondial radicalement différent du capitalisme privé occidental et du capitalisme d’État soviétique.
Or, même si le terme de tiers-monde est toujours utilisé, plusieurschercheurs se questionnent s’il est encore opératoire et valable, considérant les immenses changements sociopolitiques et économiques du contexte contemporain marqué par la globalisation et l’accroissement des écarts sociaux. (Schaefer et al., 2008, 5). 
Tout d’abord, le concept de tiers-monde fut accusé dès son apparition de masquer la grande diversité, tant socioculturelle que politico-économique, despays compris dans cet ensemble. « La notion des trois mondes, en somme, aplanit les hétérogénéités, masque des contradictions et gomme des différences (Shohat, 2007). » Szczepanski-Huillery (2005) ajoute que le tiers-monde est fondé « sur un mythe, celui de l’unité politique des anciens pays colonisés. » Bien que la diversité soit une caractéristique importante du tiers-monde, Lacoste (1980)avance que la démonstration de celle-ci ne doit pas nier son unité et son existence. Ainsi, tout en soulignant l’extrême diversité du tiers-monde et la difficulté à établir une frontière entre les trois mondes, Lacoste (1985) avance que le critère de la très forte croissance démographique en est la caractéristique commune. À ce titre, Wallerstein note également l’importance qu’eut le concept detiers-monde :
Son mérite fut de rappeler l’existence d’une zone immense de la planète pour laquelle la question primordiale n’était pas sur quel camp s’aligner […]  En les englobant dans une même expression,  tiers-monde, on soulignait à la fois les caractéristiques communes propres à tous ces pays, mais aussi le fait qu’ils n’étaient pas nécessairement impliqués dans la guerre froide. (Wallerstein,...
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