Tirade du tabac

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 12 (2821 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 7 mai 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
e :

§ Sganarelle s’appuie sur « Aristote et toute la philosophie », en un argument d’autorité dont le caractère hyperbolique a de quoi faire sourire, d’autant plus qu’il est liminaire. Cette hyperbole repose sur plusieurs éléments, qu’il est intéressant de commenter. D’une part, Sganarelle convoque Aristote, philosophe du IVe siècle avant Jésus-Christ, celui qui a le plus marqué lacivilisation occidentale. Bien évidemment, Aristote n’a jamais parlé du tabac, et la tournure emberlificotée de l’entrée en matière de Sganarelle, qui le laisse penser, est une aberration intellectuelle qui fait sourire le spectateur un peu cultivé. Nous reparlerons ensuite de ce qu’il nous semble que veut vraiment dire Sganarelle voire l’auteur. D’autre part, cette hyperbole est énonciative parl’utilisation de la concession (Quoi que…), qui rejette les hypothèses bien entendu non reformulées de la philosophie, pour avancer sa propre thèse.

§ L’hyperbole est donc associée à une forme de disqualification de l’adversaire (tout gigantesque qu’il soit) repoussé dans les limbes de la pensée. Associé à l’aberration anachronique d’Aristote et du tabac (ce qui reviendrait à peu près à rejeter cequ’Aristote aurait dit de la télévision, chose importante à rappeler aux élèves pour la compréhension de cette bouffonnerie), cette entrée en matière extravagante fait immédiatement de Sganarelle un pédant burlesque, à l’imitation du Sganarelle médecin des pièces de Molière que nous avons citées. La thèse défendue par Sganarelle, appuyée sur cette loufoquerie argumentative, tourne donc court avant mêmed’avoir été prononcée.

§ Cette hyperbole est aussi liée 1. à l’utilisation du déterminant tout qui signifie « dans son ensemble » et constitue une forme de renchérissement à la forme simple la philosophie, 2. à l’association, par la conjonction de coordination, d’Aristote (comme tête d’affiche) et de la philosophie 3. à la gradation ainsi constituée entre ces deux mots, dont l’enflure grotesque sesolde par une chute burlesque dans la thèse qui suit (on pourrait parler de bathos, figure dont le nom vient du grec et désigne la chute brusque et abyssale que fait une gradation ascendante en son troisième terme).

§ La thèse de Sganarelle est absolue, renforcée dans son caractère assertif (présent de vérité générale du verbe être), par la construction attributive complexe. La premièrestructure attributive est celle utilisant explicitement le verbe être sous une forme impersonnelle (il n’est rien…), qui rejette le sujet réel derrière le verbe (rien). Cela entraîne l’apparition de la préposition de qui manifeste syntaxiquement le lien prédicatif entre le mot et l’adjectif qui lui est lié. Cette construction est expansée par un complément de l’adjectif qui est le thème de l’élogeapparaissant dans le texte pour la première fois, quoiqu’étant annoncé par la suspension syntaxique précédente (la subordonnée concessive et l’inversion des deux sujets, antéposées à la principale). Rejeté ainsi en position de rhème, le thème du texte est mis en valeur par sa position en fin de proposition 1, à l’acmé de la période initiale. Il est à noter que le rythme très harmonieux de cettepremière partie de la période renforce cette mise en valeur (8/8/8).

§ Le rythme de la seconde partie est lui aussi harmonieux mais moins plein (8 étant considéré comme un groupe rythmique plein) : 5/5/6/6. Il respecte la loi des groupes ascendants, doublés symétriquement, créant ainsi une succession canonique d’un décasyllabe et d’un alexandrin. À la grandiloquence boursouflée de la première partiesuccède l’intime conviction de la seconde, son ton plus susurré.

§ Le mot passion, (que nous avons compté en trois syllabes, comme le veut la règle classique de la diérèse étymologique) apparaît à une place de choix comme équivalent attributif permettant de qualifier le mot tabac rappelé anaphoriquement par le pronom indéfini sujet (c’), premier élément du présentatif c’est, lui aussi...
tracking img