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  • Publié le : 6 juin 2010
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Bohémiens en voyage
1) un récit anecdotique :
Ce texte nous présente les pérégrinations («s’est mise en route, vont à pied, le long», voire «promenant, passer, voyageurs, est ouvert, futures»), sans but évident, de bohémiens. Le texte commence de façon obscure : nous découvrons que le terme «tribu» concerne, vu la fin du premier quatrain, les femmes, ce qui permet de comprendre à posterioril’abscons «prophétique» : il s’agit de l’activité bien connue des… gitanes : diseuses de bonne aventure, les chiromanciennes, activité facilitée par l’habitude de porter leur progéniture, comme encore dans certains pays sous-développés, sur leur «dos». Ces dernières nous sont donc présentées en un alexandrin, comme leurs seins nourriciers le seront, de façon aussi maniérée, au v. 4, en en perdanttoute connotation sensuelle ou esthétique («pendantes»). Ce texte se présente comme la description d’un événement récent : «hier» au début du vers, en hiatus interne, avec le sens de résultat présent de l’action passée du passé composé : «s’est mise en route», les deux e muets incarnant ce départ, les sifflantes, les occlusives labiales et dentales exprimant le travail demandé par une telle migration: «tribu». La présence des enfants sur le dos des mères implique celle, avec un abus de langage, par métonymie, de «la tribu+, en fait les femmes de la tribu, avec le singulier qui en devient déconcertant : «son dos». La voracité des bébés-enfants, - car dans certains peuples, la nutrition des enfants par leur mère peut aller jusqu’à la quatrième année - est incarnée par le hiatus à la césure àl’hémistiche du vers 3, ainsi que par l’enjambement et le terme : «appétits» au pluriel. En fait, Baudelaire ne cherche pas ici la cohérence logique («tribu, petits, dos» au singulier, «appétits» au pluriel, le collectif : «trésor»), mais la puissance de l’émotion due à deux images banales, quotidiennes après l’effet, comme un éclair fugace, des «prunelles ardentes» : des mères avec leur enfant, soitsur leur dos, soit sur leur poitrine, donc en fait entièrement consacrées à leur progéniture, dans leur rôle traditionnel de mère, comme les hommes jouent plus loin leur rôle habituel de protecteurs de la famille, de façon collective, en fait grégaire. L’animalité des bohémiennes, en tant que mères nourricières, est soulignée par l’expression périphrastique : «trésor toujours prêt», la bouchegoulue des suceurs étant évoquée par : «fiers», puisqu’on parle d’un appétit féroce ainsi que par les labiales finales sans oublier le prosaïsme du terme «mamelles» . L’impression de divagation sans but précis - comme si le plus important était la marche en elle-même – la route, dirait Kérouac ! - est marquée par la présence d’un seul verbe à un mode personnel sur 4 vers, l’abondance des épithètespostposées, donc à valeur concrète : «prophétique, ardentes, prêt, pendantes, fiers», en synérèse, étant placé devant pour raison de longueur. Le jeu très musical des voyelles, ouvertes et fermées alternativement, ne va pas sans évoquer subtilement le balancement des femmes avec leur progéniture, même si nous comprendrons plus loin («chariots»)qu’elles ne marchent pas : il s’agit d’équilibrer lescahots des véhicules. Nous restons dans le cadre de la narration d’un événement contemporain («hier»), avec l’article défini : «les». La mention : «armes luisantes» nous fait changer d’époque : à la limite, il pouvait s’agit de bohémiens du milieu du XIXè, l’évocation de ces armes réfère le texte à la description d’une migration dans un récit historique. Notons qu’«armes» renvoie aux armes blanchesd’attaque, poignards, épées ou de défense : boucliers, voire cuirasses qui, traditionnellement, fulgurent aux rayons du… soleil ? (le «grillon» stridule aussi le jour ! Et les «ténèbres» sont «futures». S’agirait-il d’un crépuscule ?)… Notre interrogation prouve au moins combien le texte se veut précis et concret : ceci est corroboré par les 5 monosyllabes du v. 5, aussi rapides et secs que...
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