Tocqueville

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  • Publié le : 29 juillet 2010
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Auteur : Laurence Hansen-Løve Discipline : Ordre général/Questions contemporaines Texte : Tocqueville Concours d’entrée aux Instituts d’Etudes Politiques

Tocqueville : sept textes
Biographie
Tocqueville (1805-1859). Homme politique, philosophe et historien français. Entre 1831 et 1832, il mène une enquête sur le système pénitentiaire américain. A son retour, il étend son étude à l’ensembledu système politique et il écrit De la démocratie en Amérique, publié en 1840. Dans cet ouvrage qui lui vaudra une renommée internationale, il explique que la démocratie, dans le sens sociologique de ce terme, promeut l’égalité mais aussi l’individualisme. Elle engendre aussi une tendance à l’égoïsme et au conformisme, qui sont contrebalancés aux Etats-Unis par le jeu des instituionsreprésentatives, par la force du sentiment religieux et par l’indépendance de la presse et de la justice. Ces contrepoids sont faibles ou inexistants en Europe, en particulier en France. D’où la menace, selon Tocqueville, d’un nouveau type de despotisme que la démocratie pourrait enfanter.

Texte 1
La complexité de l’histoire
Théoriciens et hommes d’action n’ont pas du tout, a priori, la même lecture del’histoire. Tocqueville, qui fut l’un et l’autre, et qui parle ici en tant que philosophe, explique pour quelles raisons il ne peut en être qu’ainsi. Unilatérales, réductrices, leurs approches doivent être dépassées. Une lecture éclairée de l’histoire, plus subtile, plus complexe, s’efforcera de prendre en compte les divers aspects de la rationalité historique. « J’ai vécu avec des gens de lettres, quiont écrit l’histoire sans se mêler aux affaires, et avec des hommes politiques, qui ne se sont jamais occupés qu’à produire les événements sans songer à les décrire. J’ai toujours remarqué que les premiers voyaient partout des causes générales, tandis que les autres, vivant au milieu du décousu des faits journaliers, se figuraient volontiers que tout devait être attribué à des incidentsparticuliers, et que les petits ressorts, qu’ils faisaient sans cesse jouer dans leurs mains, étaient les mêmes que ceux qui font remuer le monde. Il est à croire que les uns et les autres se trompent. Je hais, pour ma part, ces systèmes absolus, qui font dépendre tous les événements de l’histoire de grandes causes premières se liant les unes aux autres par une chaîne fatale, et qui suppriment, pour ainsidire, les hommes de l’histoire du genre humain. Je les trouve étroits dans leur prétendue grandeur, et faux sous leur air de vérité mathématique. Je crois, n’en déplaise aux écrivains qui ont inventé ces sublimes théories pour nourrir leur vanité et faciliter leur travail, que beaucoup de faits historiques importants ne sauraient être expliqués que par des circonstances accidentelles, et quebeaucoup d’autres restent inexplicables ; qu’enfin le hasard ou plutôt cet enchevêtrement de causes secondes, que nous appelons ainsi faute de

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savoir le démêler, entre pour beaucoup dans tout ce que nous voyons sur le théâtre du monde ; mais je crois fermement que le hasard n’y fait rien, qui ne soit préparé à l’avance. Les faits antérieurs, la nature des institutions, le tour des esprits,l’état des mœurs, sont les matériaux avec lesquels il compose ces impromptus qui nous étonnent et qui nous effraient. La révolution de Février1, comme tous les autres grands événements de ce genre, naquit de causes générales fécondées, si l’on peut ainsi parler, par des accidents ; et il serait aussi superficiel de la faire découler nécessairement des premières, que de l’attribuer uniquement auxseconds. » Alexis de Tocqueville, Souvenirs, 1850-1851, Deuxième partie, chapitre 1, Gallimard, collection Folio-Histoire, 1999, pp.84-85

Texte 2
L’égalité tourmente et fatigue les âmes
C’est la démocratie qui nous rend semblables et égaux, et par conséquent envieux – donc méchants : « Quand toutes les prérogatives de naissance et de fortune sont détruites, que toutes les professions sont...
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