Toilettes publiques

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Les toilettes publiques. Un droit à mieux aménager
Julien Damon Professeur associé à Sciences-Po (master d’urbanisme)
REFERENCE. « Les toilettes publiques : un droit à mieux aménager », Droit social, n° 1, 2009, pp. 103-110.

Le thème de cet article est, en quelque sorte, le « droit de miction », le « droit de pisser » ou le « droit de se soulager ». Les expressions peuvent, au premierabord, choquer ou au moins étonner1. Le propos, qui prête assurément au comique troupier et à la plaisanterie graveleuse, n’en est pas moins grave. Saugrenue et insolite, mais aussi concrète et incarnée, la question des toilettes publiques relève du droit et de l’aménagement des espaces publics. Si des progrès sont repérables ces dernières années, notamment en ce qui concerne la gratuité des servicesparisiens, le sujet n’en reste pas moins d’importance, révélateur d’inégalités manifestes et terrain de possibles innovations. Les évolutions des w.-c., toilettes publiques, sanisettes, et autres latrines ne constituent en rien un problème annexe ou marginal. Au contraire – et chacun a certainement pu en faire un jour l’expérience – il s’agit d’un thème important de la vie quotidienne,différenciant clairement les hommes des femmes, les jeunes des vieux, les riches des pauvres, les handicapés des autres, ceux qui ont un logement de ceux qui n’en disposent pas. L’implantation et l’organisation des toilettes publiques constituent un problème crucial pour les corps humains dans les environnements urbains contemporains. L’accès aux services et équipements qui assurent la possibilitéd’exercice de ce « droit » - qui, formellement, n’en est pas véritablement un – est une composante non négligeable, mais toujours seconde, de la gestion urbaine. Ce papier revient sur l’histoire des mobiliers urbains dévolus aux nécessités les plus naturelles (I.). Il analyse ensuite le problème sous l’angle des plus criantes inégalités qui y sont attachées pour deux populations : les sans-abri et lesfemmes (II.). Enfin il se veut prescriptif et avance, avec un brin d'illusion, des principes pour un programme rénovant les modalités de gestion des servitudes d’aisance (III.). Sans prétendre à la rigueur du traité d’urbanisme ou de l’expertise juridique approfondie, l’ambition est d’affirmer toute l’importance du « droit de pisser », pour tous. Sans chercher à savoir s’il s’agit d’un droit créanceou d’un droit liberté, si le terme est convenable ou inacceptable, on considère qu’il s’agit d’une dimension notable, d’une part, des problématiques de justice et d’hospitalité en ville, et, d’autre part, des sujets concrets auquel le droit peut être appelé à répondre. I.- Des vespasiennes aux sanisettes Dans l’un des rares ouvrages consacrés à ces sujets l’historien Roger-Henri Guerrand présentel’histoire des « lieux »2. Il y chronique les mutations des commodités et lieux d’aisance du
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. Ils désignent bien ce qu’ils veulent désigner. De manière plus élégante, on aurait pu titrer et développer sur les « servitudes d’aisance ». L’expression est utilisée par Jean-Michel Belorgey, voir, par exemple, les actes du séminaire « Ville et Hospitalité », Paris, Plan Urbanisame Constructionet Architecture, Ronéo, 24 avril 1997. Nous avions repris l’expression dans une première contribution sur ce thème Julien Damon, « Les servitudes d’aisance », Informations sociales, n° 85, 2000, pp. 106-117. 2. Roger-Henri Guerrand, Les Lieux. Histoire des commodités, Paris, La Découverte, 1985. Voir, du même auteur, « Comment ‘Paris-cloaque’ a appris la propreté », Urbanisme, n° 278-279, 1994,pp. 40-44. Pour des

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Moyen Age à nos jours. Jusqu’au début du XVIIIème siècle la présence et le côtoiement de l’excrément et de l’ordure auraient très modérément rebuté les paysans des campagnes comme les habitants des villes. Puis les seuils de tolérance, notamment olfactifs, à l’égard de la proximité des selles et déchets se seraient progressivement abaissés. On trouve là une...
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