Totale

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 10 (2360 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 8 décembre 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
« Et si tu sais qui a tué à ton enfant, tu dois te taire ! Et si tu sais qui sont ceux qui t'ont violée, tu dois te taire ! Et si tu sais qui a volé ta maison, tu dois te taire ! Et si tu sais qui a enlevé et vendu tes enfants, tu dois te taire ! »
Pendant plusieurs années, elle avait rêvé qu'un jour viendrait où la démocratie serait restaurée, que la justice serait faite sur les terriblesatrocités et les crimes commis pendant le franquisme. Mais, après la mort de Franco, la droite et la « gauche » ont signé les « Pactes de Transition ». Par ceux-ci, on s’accordait pour faire silence sur les crimes du génocide franquiste et la destruction de leurs preuves, l'impunité pour les responsables et les collaborateurs et l’oubli des victimes. On était en 1977 et l’on venait de promulguer la Loid'Amnistie qui donnait une assise légale à ces Pactes ignominieux.
Elle disait ces choses et d'autres en serrant les poings, les larmes coulaient une à une malgré la rage contenue et l'effort pour ne pas pleurer : c'était une expression d'impuissance. Ils avaient tué son compagnon, et à elle, ils lui avaient rasé la tête et obligée à avaler de l’huile de ricin au moyen d’un entonnoir enfoncédans la bouche, par lequel ils déversaient la moitié d’une carafe. Beaucoup s’étouffaient dans leur propre vomi ensanglanté à cause des blessures provoquées par la « pose » de l'entonnoir. Ensuite, regroupée avec d'autres, la Garde Civile les ont obligées à marcher de village en village, en les exposant sur les places ; souillées par la diarrhée et la gastro-entérite provoquées par le ricin,déshydratées, affaiblies, les mouches leur collant à la peau, et aussi quelquefois dénudées en public pour que tous et toutes puissent rire et se moquer, et même leur jeter des pierres, avec la ferme intention de les détruire moralement et physiquement. Et attention à celui qui ne le ferait pas ! Ils étaient tous surveillés et l’on notait avec exactitude ceux qui ne les humiliaient pas avec suffisammentd’enthousiasme. Souvent, parmi les « spectateurs », se trouvait la propre mère de certaines de ces femmes, obligée d'assister au spectacle avec l'impuissance et l'âme déchirée à voir sa fille dans de telles circonstances. Et tout cela pourquoi ? Dans le cas de notre protagoniste, pour avoir appartenu au Socorro Rojo [Secours Rouge] pendant la IIème République et effectué des travaux humanitaires.
Ces4 femmes furent capturées, rasées et torturées par les troupes de Franco fin août 1936 à Badajoz. Elles s'appelaient : Antonia Juntas Hernández, Prudencia Acosta, Antonia Gutiérrez Hernández et Maria Antonia de la Purificación Rubio Alía.
Les survivantes de ces « excursions » étaient enfermées en prison (presque toujours des couvents habilités), dans lesquelles beaucoup mouraient de faim, demalnutrition, de manque d'eau et d’hygiène, d’entassement, d’épidémies de poux, de gale, de tuberculose…, dans les files d’attente dans la cour où elles étaient obligées de rester des heures et des heures, en rang debout pour être comptées, prendre la nourriture, ou pour n’importe quelle autre chose, elles finissaient dans un état de maigreur tel, que beaucoup avaient la dernière vertèbre saillante,les obligeant à ne s’asseoir seulement que sur le côté. Elles subissaient un règlement intérieur qui les menait à la limite de la survie psychique et physique. Les humiliations auxquelles elles étaient soumises atteignaient des niveaux de déshumanisation totale. Il ne passait pas un jour sans qu’ils en sortent plusieurs pour être fusillées, quelquefois après une parodie de procès (conseil deguerre abrégé), et d’autres fois, directement exécutées extrajudiciairement. Et celles qui parvenaient à se sauver, si elles le pouvaient, quittaient leur village, ne pouvant pas résister à la honte et à l'humiliation des vexations subies, rejetées par tous, puisque les représailles envers celui qui les accueillait étaient terribles.
Le général Queipo de Llano en appelait aux violations massives,...
tracking img