Travail et bonheur

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ANNEXE 1

OUI LE TRAVAIL FAIT (encore) LE BONHEUR
Dossier du magazine L’EXPRESS du 16/10/2003

Allergiques au travail les Français ? Au contraire ils l'aiment leur métier. Mais certains supportent mal les conditions dans lesquels ils exercent et prennent leurs distances ;
Les Français sont des gens bizarres. Ils s'arrachent les magazines qui leur parlent de stress, de harcèlement moral etde souffrance au travail. Font un triomphe aux ouvrages qui vilipendent L’Horreur économique (1) ou décortiquent La Fin du travail (2). Passent un temps fou à planifier leurs congés et leurs jours de RTT (réduction du temps de travail). De quoi inspirer à nos gouvernants comme aux dirigeants de nos entreprises des envolées lyriques sur la nécessité de réhabiliter cette pauvre valeur travail, mise àmal par une société de pétanqueurs - dixit Jacques Barrot, patron du groupe parlementaire UMP - qui ne rêverait que de préretraite et de doigts de pied en éventail. « Vous n'y êtes pas du tout ! »leur rétorquent les Français, éberlués. C'est qu'ils l'aiment, leur boulot. Ne le placent-ils pas juste derrière la famille, lorsqu'on les interroge sur les choses qui comptent le plus dans leur vie (3)? Ne se disent-ils pas satisfaits de leur travail, comme le révèle le premier Observatoire du travail L'Express-Bernard Brunhes ConsultantsBVA (voir page 147) ? Ne se déclarent-ils pas tout simplement heureux au turbin (4) ? Les Français n'en sont pas à une contradiction près... Voilà qui a incité deux sociologues, Christian Baudelot et Michel Gollac, à mener l'enquête pour comprendre quel liences drôles de zèbres entretiennent avec leur travail, quelles relations ils établissent entre job et bonheur. Résultat d'un véritable travail de bénédictin et du dépouillement de 6 000 questionnaires (5) : oui, le boulot reste une pièce essentielle dans le grand puzzle de la vie. Interrogée sur ce qui est « le plus important pour être heureux », « plus d'une personne sur quatre invoque dans saréponse le travail, notent les deux auteurs. Soit directement (22 %), soit sous la forme d'un synonyme - "emploi", "boulot", "métier", "profession" ». Ce qui les rend heureux dans leur travail? D'abord, le contact, la rencontre, la relation à autrui, au bureau ou à l'usine. « D'autant plus que l'entreprise est en passe de devenir le seul lieu collectif de lien dans une société déstructurée », renchéritJean-Louis Muller,
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directeur du département développement des personnes de la société de conseil Cegos. Ensuite s'exprime la satisfaction de faire, de créer, d'agir, d'accomplir. « Le "faire" dont les individus ont besoin pour se réaliser, pour donner un sens à leur vie, est largement incarné dans le travail, analyse le psychiatre Patrick Légeron, fondateur du cabinet de conseil auxentreprises Stimulus. « Ne demande-t-on pas souvent aux personnes que nous rencontrons ce qu'elles font dans la vie ? » Au-delà de ces points communs, à chacun sa définition du bonheur dans le labeur, selon son histoire, sa culture, sa personnalité. « Les sources l'épanouissement, d'intérêt et le sens que les gens trouvent dans leur boulot sont parfois étonnantes ou, du moins, ne vont pas de soi pourautrui », remarque Maurice Thévenet, professeur de gestion des ressources humaines au Conservatoire national des arts et métiers et à l'Essec, qui a disséqué Le Plaisir de

travailler (Editions d'organisation). Comme Lydie, coiffeuse à Paris, qui adore le « côté
artistique» de son travail: « Ce quelle 'aime, c'est rendre les gens plus beaux, les transformer. » Pour Mamadou, employé dans unrestaurant parisien, qui vérifie les plats préparés en cuisine avant leur départ en salle, son job est « un jeu »: « Ça va très vite, à 300 à l'heure. On est comme un enfant en train de jouer devant son ordinateur. » Dans les entreprises, les directeurs des ressources humaines (DRH), bien placés pour jauger la motivation de leurs troupes, s'étonnent du pessimisme ambiant sur le cours de la valeur...
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