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Dix questions sur la crise Michel Aglietta Professeur à l’université de paris X Nanterre Journées de l’Economie Lyon 21 novembre 2008 Extraits d’un article pour le Nouvel Observateur

1/ Que sont exactement les crédits subprime ? Michel Aglietta.- Les crédits subprime sont des crédits qui ont été distribués à des ménages sans aucun plancher de ressources. Ces crédits d’une durée de trente ansétaient construits de la façon suivante : deux ou trois années de taux d’intérêts alléchants, puis renégociation à des taux plus élevés et variables. Ainsi la charge de paiements mensuels sur les ménages pouvait-elle s’accroître brusquement de 25 à 40% au dessus de son niveau initial. Il faut savoir aussi qu’aux Etats-Unis, outre les banques locales, les crédits hypothécaires peuvent être accordéspar des courtiers spécialisés hors de toute réglementation et supervision. Ceux-ci ne les conservent pas, mais les transfèrent à des banques d’investissement qui les mettent en pool pour les transformer en titres financiers. Ces courtiers sont rémunérés par une commission et cherchent donc à faire le

plus de volume possible, sans se soucier du risque pris ou de la capacité du ménage àrembourser. Le système reposait donc sur une incitation perverse. C’est ce type de crédit distribué à des ménages qui a augmenté à une vitesse vertigineuse

2/ Comment la crise a-t-elle éclaté ? Michel Aglietta.- Un mécanisme diabolique s’est mis en place. Aux Etats-Unis, lorsque le prix d’un bien immobilier acheté à crédit -pour une valeur de 100 par exemple- monte, puis dépasse la valeur du crédit -etvaut par exemple 150-, le ménage peut augmenter son prêt et utiliser l’argent à ce que bon lui semble : consommation, achat d’une voiture, financement d’études ... Une maison peut ainsi garantir plusieurs prêts. Cette démarche était très facile et encouragée par les banques. A l’inverse, lorsque le marché de l’immobilier baisse et que la maison vaut moins cher que le crédit contracté pourl’acheter, -moins de 100 dans notre exemple- le ménage n’a qu’à envoyer la clef par la poste à sa banque et il est libéré de sa dette. La famille se retrouve alors sans toit et la banque avec un bien dont la valeur ne fait que baisser. Dès la fin de l’année 2005, les prix de l’immobilier ont marqué le pas et la baisse a commencé à l’automne 2006. De plus en plus d’américains se sont trouvés dansl’incapacité d’honorer les échéances. Et pourtant, j’insiste sur un point qui montre l’incroyable irresponsabilité des banques et des agences de notation chargées d’en évaluer la qualité,: la distribution de crédits « subprime » et leur transformation en titres financiers s’est accélérée alors même que le marché avait commencé à baisser !

3/ Comment ces crédits se sont-ils disséminés ?

Michel Aglietta.-Le marché des créances hypothécaires est le plus gros département du marché des capitaux aux Etats-Unis. Il est tout à fait crucial pour l’ensemble de la finance. Il est organisé autour de deux grandes agences parapubliques : Freddie Mac et Fanny Mae. Celles-ci collectent les crédits immobiliers consentis aux ménages dans tout le pays, puis elles les transforment en obligations qui sont vendues àl’ensemble de la communauté financière. Ainsi ce n’est plus la banque qui demeure créancière d’un ménage, mais indirectement, celui qui a acheté les titres émis par ces deux institutions. Et cet investisseur peut se trouver aussi bien à Wall Street, qu’à Tokyo ou Paris. Jusqu’en 1998, le processus était très contrôlé par les deux agences. Elles garantissaient les crédits qui respectaient certainesnormes de qualité. C’est pourquoi ils sont appelés « prime ». Les ménages qui ne rentraient pas dans ces critères n’avaient pas accès à ce type de crédit. Au début des années 2000, les banques d’investissement de Wall Street ont utilisé la même logique pour les crédits « subprime ». Lorsque les défauts de paiements sur les crédits subprime se sont multipliés et ont provoqué la faillite de...
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