Triptyque grunwald

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 5 (1215 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 28 novembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Cf: le triptyque de Grunwald.
"Le Christ écarte les bras, les paumes tournées vers l’extérieur, dans un geste réclamant une forte tension, qu’il accomplit pourtant avec une impression de souveraine légèreté, et par lequel il semble porter de l’intérieur le halo lumineux qui l’entoure — ou bien ce halo matérialise le geste formé par les bras et les mains. La tête du Christ, au centre de lasphère, irradie d’une lumière dans laquelle elle se fond, de sorte que les traits du visage ne peuvent être distingués nettement, comme si sa substance se répandait dans toute la sphère, dans tout l’espace dessiné par les mains. Cette dissolution de la tête et son expansion jusqu’au confins d’un univers qu’elle embrasse intégralement, m'apparaît comme une image saisissante de l’éveil. Celui quin'occupait que l'espace de son corps voit ce dernier transfiguré, retourné comme un gant, dilaté au point de contenir tout l'espace. La sphère entière, toute sa périphérie, est devenue le coeur du Christ qui embrasse le spectateur. L'artiste a d'ailleurs placé cette sphère de telle sorte que son centre coïncide avec le coeur du Ressuscité. Il a même redoublé l’impression d’éclosion en entourant la sphèred’un liseré par lequel le bleu du linceul se prolonge tout autour du halo de lumière, et se fond dans les ténèbres du ciel nocturne, ces ténèbres qui entourent le monde comme un linceul que le Christ repousse de ses bras, et qu'il transforme en lumière. L’enveloppe de la mort devient ainsi l'habit de la vie, couleur feu et sang, comme si tout ce que touchait le Ressuscité se trouvait transfiguré parsa victoire sur la mort. Après avoir été mis en terre comme une graine, le Christ ressuscite et embrasse dans son geste la totalité de la sphère de l’être. On retrouve à travers tous les autres tableaux du retable cette dynamique entre le dedans et le dehors. Dans la Nativité, on découvre une scène respirant la joie et l’harmonie, située à l’extérieur, en pleine nature. Si l’on regarde plusattentivement, on s’aperçoit qu’il s'agit bien d'une scène d’extérieur, mais qu'elle est située à l’intérieur d’une clôture, matérialisée par un mur entourant la scène. Ce mur est d’une couleur particulière, qu’on appelle “incarnat”, autrement dit la couleur de l'incarnation, de la chair humaine, du corps. On remarquera d'ailleurs que c'est de cette même pierre qu'est fait le tombeau que l'on voit dansle tableau précédent. Ce mur qui entoure la scène représente ainsi symboliquement le corps de Jésus nouveau-né, et le seul chemin qu’on voir mener vers l’unique porte percée dans ce mur passe par une croix qui la barre: le jardin entier est comme le corps du Christ, et pour quitter ce corps, il devra passer par le supplice de la croix. Encore une fois, le corps, celui du nouveau-né, n'est que lecentre d'une périphérie qui lui répond. Et à cette polarité spatiale répond une polarité temporelle, qui s'articule elle sur le début et la fin, sur la naissance et la mort: dans cette scène dédiée à la joie de la naissance, apparaît déjà en filigrane la douleur de la mort. La présence de la mort au sein même de la naissance est signalée encore par la pièce de tissu en lambeaux dans lequel laVierge porte l’Enfant, qui contraste fortement avec la richesse de ses propres habits, et qu’on reconnaît comme étant la même pièce de tissu que celle qui ceint les reins du Christ en Croix, dans la scène de la crucifixion peinte sur l’avers des volets fermés du triptyque
……
Cette scène est d’une dramaturgie absolument saisissante, d’un réalisme poussé à l’extrême, en même temps qu’elle dégage uneimpression surnaturelle d’irréalité. Cette irréalité provient surtout du contraste entre le corps torturé du Christ, comme une coquille criblée de plaies et de piques, et la vigueur du personnage qui se tient à sa gauche, Saint Jean-Baptiste. L’irréalité est encore renforcée par le fait que le Baptiste est mort 6 mois plus tôt, et qu’il est représenté ici bien vivant, dans la force de l’âge....
tracking img