Tristan et iseult

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  • Publié le : 7 juin 2010
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Tristan de Béroul
... qu'il ne fasse semblant de rien. Elle s'approche de son ami. Ecoutez comme elle prend les devants :
"Tristan, pour Dieu le roi de gloire, vous vous méprenez, qui me faites venir à cette heure ! "
Elle feint alors de pleurer...
"Par Dieu, créateur des éléments, ne me donnez plus de tels rendez−vous. Je vous le dis tout net, Tristan,
je ne viendrai pas. Le roi croit quej'ai éprouvé pour vous un amour insensé, mais, Dieu m'en soit témoin, je
suis loyale : qu'Il me frappe si autre homme que celui qui m'épousa vierge fut jamais mon amant ! Les
félons de ce royaume que vous avez sauvé en tuant le Morholt peuvent toujours lui faire croire à notre liaison,
car c'est leur faute, j'en suis sûre : mais, Seigneur Tout Puissant, vous ne pensez pas à m'aimer, et je n'aipas
envie d'une passion qui me déshonore. Que je sois brûlée vive et qu'on répande au vent ma cendre, plutôt que
je consente à trahir mon mari même un jour ! Hélas ! le roi ne me croit pas ! J'ai lieu de m'écrier : Tombée
de haut !
Salomon dit vrai : ceux qui arrachent le larron du gibet s'attirent sa haine ! Si les félons de ce
royaume..."
"... Ils feraient mieux de se cacher. Que de mauxavez−vous soufferts, quand vous fûtes blessé lors du
combat contre mon oncle ! Je vous ai guéri. Si vous m'aviez alors aimée, c'eût été normal ! Ils ont suggéré
au roi que vous étiez mon amant. Si c'est ainsi qu'ils croient faire leur salut ! ils ne sont pas près d'entrer au
paradis. Tristan, ne me faites plus venir nulle part, pour rien au monde : je n'oserai y consentir. Mais sans
mensonge, ilest temps que je m'en aille. Si le roi le savait, il me soumettrait au supplice, et ce serait fort
injuste : oui, je suis sûre qu'il me tuerait. Tristan, le roi ne comprend pas non plus que si j'ai pour vous de
l'affection, c'est à cause de votre parenté avec lui : voilà la raison de mon estime. Jadis, je pensais que ma
mère chérissait toute la famille de mon père, et je l'entendais direqu'une épouse n'aimait pas son mari
lorsqu'elle montrait de l'antipathie à ses parents. Oui, je le sais bien, elle disait vrai. C'est à cause de Marc que
je t'ai aimé, et voilà la raison de ma disgrâce...
− [Le roi n'a pas tous les torts] ... ce sont ses conseillers qui lui ont inspiré d'injustes soupçons.
− Que dites−vous, Tristan ? Le roi mon époux est généreux. Il n'aurait jamais imaginé delui−même que
nous puissions le trahir. Mais on peut égarer les gens et les inciter à mal agir. C'est ce qu'ils ont fait. Je m'en
vais, Tristan : c'est trop tarder.
− Ma dame, pour l'amour de Dieu ! Je vous ai appelée, vous êtes venue. Ecoutez ma prière. Vous savez
comme je vous chéris ! "
Tristan, aux paroles d'Yseut, a compris qu'elle a deviné la présence du roi. Il rend grâces à Dieu. Il est
sûrqu'ils sortiront de ce mauvais pas.
"Ah ! Yseut, fille de roi, noble et courtoise reine, c'est en toute bonne foi que je vous ai mandée à
plusieurs reprises, après que l'on m'eut interdit votre chambre, et depuis je n'ai pu vous parler. Ma dame,
j'implore votre pitié : souvenez−vous de ce malheureux qui souffre mille morts, car le fait que le roi me
soupçonne d'être votre amant me désespère,et je n'ai plus qu'à mourir... [Que ne fut−il assez avisé] pour ne
pas croire les délateurs et ne pas m'exiler loin de lui ! Les félons de Cornouaille en éprouvent une vile joie et
s'en gaussent. Mais moi, je vois bien leur jeu : ils ne veulent pas qu'il garde à ses côtés quelqu'un de son
lignage. Son mariage a causé ma perte. Dieu, pourquoi le roi est−il si insensé ? J'aimerais mieux êtrependu
par le col à un arbre plutôt que d'être votre amant. Mais il ne me laisse même pas me justifier. Les traîtres qui
Tristan
Tristan de Béroul 6
l'entourent excitent contre moi sa colère, et il a bien tort de les croire. Ils l'ont trompé, et lui n'y voit goutte.
Ils n'osaient pas ouvrir la bouche, quand le Morholt vint ici, et il n'y en avait pas un qui osât prendre les
armes. Mon oncle...
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