Tristan et iseut (note obtenue : 12)

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  • Publié le : 15 juin 2010
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Tristan et Iseut, Béroul
La Traversée du Mal Pas (v.3912-3940)

Après son séjour dans le Morois avec Tristan, Iseut est rendue au roi Marc. Elle doit se justifier, prouver qu’elle n’a jamais eu d’amour coupable avec Tristan. Pour préparer son « escondit », elle orchestre une scène très théâtrale. Tristan, déguisé en lépreux, a vu tout un cortège traverser le Gué Aventureux : le roi Marc,le roi Arthur et sa cour, les trois barons félons, qu’il a d’ailleurs ridiculisés. C’est maintenant au tour d’Iseut de traverser. Ce passage est très important : Iseut traverse le Mal Pas sur le dos de Tristan lépreux, position qui sera au centre de son serment à la fin du texte de Béroul. On peut se demander en quoi cette nouvelle scène de complicité entre les deux amants est importante dans leroman. Quelle est sa fonction dramatique ? Tout est centré sur le personnage de la reine : quelle image de la femme nous est donnée ici ? Nous verrons donc dans un premier temps qu’il s’agit, comme nous l’avons dit, d’une nouvelle scène de complicité entre les amants, destinée à tromper. Nous verrons ensuite quelle image de la femme est représentée par Iseut dans cette scène.

Cet extraitnous présente à nouveau des amants complices. Tout au long du roman, les amants multiplient ce genre de rencontres. Nous verrons tout d’abord que Tristan profite d’être déguisé pour mettre en valeur Iseut, et dire ce qu’il pense vraiment, en présence du roi. Ensuite, nous verrons que les amants multiplient les signes de connivences. Enfin, nous verrons qu’ils utilisent le langage pour tromper.Tristan est déguisé en lépreux suite à la demande d’Iseut. Ce déguisement lui permet de dire tout ce qu’il veut, sans être réprimé. Le lépreux peut être assimilé au fou, il peut se permettre de tout dire. Comme dans les Folies, il profite de son déguisement pour affirmer ses sentiments pour la reine. Ici, il fait un éloge détourné d’Iseut. Tout d’abord, on remarque que Tristan tutoie laReine, alors que celle-ci est noble, contrairement à lui qui n’est qu’un ladre. Ce tutoiement peut être vu comme une marque de proximité entre les deux protagonistes. Son admiration se voit aussi par les adjectifs employés. Le rythme binaire du vers 3914 (« franche, debonere ») met en valeur l’une des qualités essentielles d’Iseut, sa noblesse. Ces deux adjectifs signifient tous les deux « noble, debonne race » (Dictionnaire de l’Ancien Français, Larousse). L’adjectif « franche » est à nouveau employé par Tristan au vers 3920. « Debonere » signifie aussi « bon, doux » : Tristan emploie donc uniquement des adjectifs valorisants pour qualifier Iseut. La Reine est également mise en valeur par l’opposition avec le lépreux, qui est « ladres, boçu, desfait » (v.3922). Le rythme ternaire de ce verss’oppose au rythme binaire du vers 3914.

Leur complicité se lit aussi à travers plusieurs signes de connivence, comme dans plusieurs passages du texte de Béroul. Tout d’abord, nous savons que Tristan a accepté et joue à merveille le rôle que lui a proposé Iseut. Ils savent tous deux qu’il s’agit d’un jeu destiné à tromper, tout comme Dinas (v.3874, à propos de Dinas : « De l’uel liguigne, si l’esgarde » : clin d’œil complice avec l’un de leur adjuvant). Tristan commence par sourire : lorsqu’Iseut lui dit qu’elle le montera « conme vaslet », il comprend ce qu’elle a derrière la tête. Ensuite, Tristan accentue son jeu : il fait semblant de tomber à chaque pas, il exagère vraiment son jeu. Tous ces signes de complicité entre les amants sont surtout des signes destinés à tromper,comme toujours.

Comme nous venons de le dire, les amants jouent pour tromper. Cette ruse se fait aussi à travers les mots, qui peuvent avoir un double sens, et à travers le dialogue entre les deux amants. L’adjectif « franche » que nous avons déjà cité signifie « noble » ; il peut également signifier « libre ». Ne peut-on pas y voir dans cette acception du mot la liberté d’Iseut ? C’est...
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