Tristan et iseut

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  • Publié le : 10 décembre 2011
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À quelques jours de là, le duc Hoël, son sénéchal et tous ses veneurs, Tristan, Iseut aux Blanches Mains et Kaherdin sortirent ensemble du château pour chasser en forêt. Sur une route étroite, Tristan chevauchait à la gauche de Kaherdin, qui de sa main droite retenait par les rênes le palefroi d’Iseut aux Blanches Mains. Or, le palefroi buta dans une flaque d’eau. Son sabot fit rejaillir l’eau sifort sous les vêtements d’Iseut qu’elle en fut toute mouillée et sentit la froidure plus haute que son genou. Elle jeta un cri léger, et d’un coup d’éperon enleva son cheval en riant d’un rire si haut et si clair que Kaherdin, poignant après elle et l’ayant rejointe, lui demanda :
« Belle sœur, pourquoi riez-vous ?
— Pour un penser qui me vint, beau frère. Quand cette eau a jailli vers moi, jelui ai dit : « Eau, tu es plus hardie que ne fut jamais le hardi Tristan ! » C’est de quoi j’ai ri. Mais déjà j’ai trop parlé, frère, et m’en repens. »
Kaherdin, étonné, la pressa si vivement qu’elle lui dit enfin la vérité de ses noces. Alors Tristan les rejoignit, et tous trois chevauchèrent en silence jusqu’à la maison de chasse. Là, Kaherdin appela Tristan à parlement et lui dit :
« SireTristan, ma sœur m’a avoué la vérité de ses noces. Je vous tenais à pair et à compagnon. Mais vous avez faussé votre foi et honni ma parenté. Désormais, si vous ne me faites droit, sachez que je vous défie. »
Tristan lui répondit :
« Oui, je suis venu parmi vous pour votre malheur. Mais apprends ma misère, beau doux ami, frère et compagnon, et peut-être ton cœur s’apaisera. Sache que j’ai uneautre Iseut, plus belle que toutes les femmes, qui a souffert et qui souffre encore pour moi maintes peines. Certes, ta sœur m’aime et m’honore ; mais, pour l’amour de moi, l’autre Iseut traite à plus d’honneur encore que ta sœur ne me traite un chien que je lui ai donné. Viens ; quittons cette chasse, suis-moi où je te mènerai ; je te dirai la misère de ma vie. »
Tristan tourna bride et brocha soncheval. Kaherdin poussa le sien sur ses traces. Sans une parole, ils coururent jusqu’au plus profond de la forêt. Là, Tristan dévoila sa vie à Kaherdin. Il dit comment, sur la mer, il avait bu l’amour et la mort ; il dit la traîtrise des barons et du nain, la reine menée au bûcher, livrée aux lépreux, et leurs amours dans la forêt sauvage ; comment il l’avait rendue au roi Marc, et comment, l’ayantfuie, il avait voulu aimer Iseut aux Blanches Mains ; comment il savait désormais qu’il ne pouvait vivre ni mourir sans la reine.
Kaherdin se tait et s’étonne. Il sent sa colère qui, malgré lui, s’apaise.
« Ami, dit-il enfin, j’entends merveilleuses paroles, et vous avez ému mon cœur à pitié : car vous avez enduré telles peines dont Dieu garde chacun et chacune ! Retournons vers Carhaix : autroisième jour, si je puis, je vous dirai ma pensée. »
En sa chambre, à Tintagel, Iseut la Blonde soupire à cause de Tristan qu’elle appelle. L’aimer toujours, elle n’a d’autre penser, d’autre espoir, d’autre vouloir. En lui est tout son désir, et depuis deux années elle ne sait rien de lui. Où est-il ? En quel pays ? Vit-il seulement ?
En sa chambre, Iseut la Blonde est assise, et fait un tristelai d’amour. Elle dit comment Guron fut surpris et tué pour l’amour de la dame qu’il aimait sur toute chose, et comment par ruse le comte donna le cœur de Guron à manger à sa femme, et la douleur de celle-ci.
La reine chante doucement ; elle accorde sa voix à la harpe. Les mains sont belles, le lai bon, le ton bas et douce la voix.
Or, survient Kariado, un riche comte d’une île lointaine. Ilétait venu à Tintagel pour offrir à la reine son service, et, plusieurs fois depuis le départ de Tristan, il l’avait requise d’amour. Mais la reine rebutait sa requête et la tenait à folie. Il était beau chevalier, orgueilleux et fier, bien emparlé, mais il valait mieux dans les chambres des dames qu’en bataille. Il trouva Iseut, qui faisait son lai. Il lui dit en riant :
« Dame, quel triste...
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