Tristesse d'alfred musset commentaire

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  • Publié le : 6 avril 2010
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INTRODUCTION :
a. Présentation brève - b. Situation du passage - c. Problématique - d. Annonce du plan

a. "La Tristesse de Cornélius Berg" conclut les Nouvelles Orientales sur une note pessimiste. Marguerite Yourcenar y représente la vieillesse désabusée d'un peintre hollandais retiré à Haarlem.
b. Dans l'extrait qui nous occupe, Cornélius est consulté sur la beauté d'une tulipe dont lacontemplation lui rappelle d'autres beautés et bien des laideurs rencontrées au hasard d'une vie errante. La conclusion de cette méditation est pour le moins amère : "Quel malheur [...] que Dieu ne se soit pas borné à la peinture des paysages".
c. On remarque d'emblée que la portée métaphysique de la conclusion n'est en rien soutenue par un discours argumentatif ; elle est plutôt le fruit d'uneexpérience esthétique, le commentaire d'un peintre sur le monde. On s'efforcera donc de voir comment le style de l'ecrivain parvient à imiter un mode de pensée purement pictural.
d. Pour ce faire, nous étudierons (I) la variété de sensations évoquées par la mémoire du peintre et (II) nous tâcherons de montrer comment cette mémoire se fonde sur un jeu complexe de chocs et d'associations. Enfin (III), ilfaudra examiner comment le rapport entre l'esthétique et la morale vient discrètement expliquer la tristesse de Cornélius Berg.



I - UNE PROFUSION D’IMAGES
D'emblée, le texte de Marguerite Yourcenar se signale par une profusion d’images.

I .1 Dans un premier temps, c'est le chaos d'une liste apparemment désordonnée, juxtaposant les lieux ("l'Orient", "le Sud", "le seuil des tavernes","l'école de médecine de Fribourg"), les expressions et les physionomies avares, sottes, féroces ou sèches, le tout aperçu au hasard de voyages (l.4 à l.10). Ensuite, c'est l'évocation plus structurée et plus détaillée d'un palais à Constantinople. Ici, la description se substitue à la simple liste, la parataxe fait place à l'hypotaxe (l.14 à 19). Deux longues phrases soigneusement articuléesdisposent les éléments d'un décor caractérisé par des moyens variés : propositions subordonnées relatives ( ¼"où il avait peint¼" l.11 ¼"qui comptait sur le peintre pour¼" l.14), compléments prépositionnels à valeur adverbiale (¼"bruissaient [¼] de couleurs éclatantes et tendres" l.16), adjectifs épithètes et appositions ("un autre jardin de tulipes, orgueil et joie d'un pacha¼" l.13). Des verbesvariés animent les sujets d'une vie pleine et riche : "palpitaient et bruissaient" (l.15) "chantait" (l.16), "perçaient" (l.17). En variant les procédés d'écriture, Marguerite Yourcenar parvient donc à introduire une profusion d'objets sensibles qui s'exprime sans lourdeurs ni répétitions.

I. 2 Cette abondance convoque les sens. On y découvre des collisions poétiques où se confondent les sensationstactiles, visuelles et auditives, telles ces "couleurs éclatantes ou tendres"(sensation visuelle) dont on nous dit qu'elles crèent une palpitation (tactile) et des bruissements (auditive) (l.15 et16). Encore ces rapprochements sont-ils avancés avec précaution : "eût-on dit" ; l'emploi du subjonctif souligne le caractère peut-être illusoire de cette hallucination sensorielle. Cela ne va pas sansévoquer la théorie baudelairienne des "correspondances" en laquelle "les parfums, les couleurs et les sons se répondent". On est ici au terme d'une progression commencée par les hypallages (f.) de "l'Orient sordide" et du "Sud débraillé" qui associent entités géographiques ou culturelles et caractères humains. Avant même la confusion des sens créée par le spectacle du jardin de tulipes, on trouvel'expression de "harem floral" pour caractériser ce dernier (l.14) ; la métaphore du jardin-harem ou des femmes-fleurs suggère une débauche de formes et de qualités présente tout au long du texte : le vif et le mort s'y côtoient et s'y confondent, ainsi que le moral et l'objectif ("les honteuses maladies" l.7) ou encore l'humain et l'inanimé. Ainsi, les "expressions d'avarice, de sottise ou de...
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