Ultima verba (extrait)

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  • Publié le : 1 mai 2011
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Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche,
Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau,
Je vous embrasserai dans mon exil farouche,
Patrie, ômon autel ! Liberté, mon drapeau !

Mes nobles compagnons, je garde votre culte ;
Bannis, la République est là qui nous unit.
J’attacherai la gloire àtout ce qu’on insulte ;
Je jetterai l’opprobre à tout ce qu’on bénit !

Je serai,sous le sac de cendres qui me couvre,
La voix qui dit : malheur! la bouchequi dit : non !
Tandis que tes valets te montreront ton Louvre,
Moi je te montrerai, César, ton cabanon.
Devant les trahisons et les têtes courbées,
Jecroiserai les bras, indigné, mais serein.
Sombre fidélité pour les choses tombées,
Sois ma force et ma joie et mon pilier d'airain !

Oui, tant qu'il seralà, qu'on cède et qu'on persiste,
Ô France ! France aimée et qu'on pleure toujours,
Je ne reverrai pas ta terre douce et triste,
Tombeau de mes aïeux et nidde mes amours !
Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente,
France ! hors le devoir, hélas! j'oublierai tout.
Parmi les éprouvés, je planterai ma tente :
Jeresterai proscrit, voulant rester debout.

J'accepte l'âpre exil, n'êut-il ni fin ni terme ;
Sans chercher à savoir et à considérer
Si quelqu'un a pliéqu'on aurait cru plus ferme,
Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer.
Si l'on n'est plus que mille, eh bien, j'en suis ! Si même
Ils ne sont plusque cent, je brave encore Sylla ;
S'il en demeure dix, je serai le dixième :
Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là !

Jersey,2 décembre 1852
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